M. Fauconnet, à la suite d'une scène violente avec mes parents leur donna congé.

Mon père proposait de vendre une truie avec ses petits parce qu'il n'y avait guère de nourriture cette année-là. Le maître la voulait garder.

—Nous achèterons du son, fit-il.

Mot fatal! On avait cru s'apercevoir que le règlement de la dernière Saint-Martin comportait aux dépenses beaucoup plus de son qu'il n'y en avait eu d'acheté. Deux bœufs gras, vendus en dehors de la présence de mon père, semblaient d'autre part d'un bon marché dérisoire. Ma mère avait juré souvent que Fauconnet n'emporterait pas cela en terre. Elle profita donc de ce qu'il parlait de son pour dire qu'il n'aurait pas à porter aux dépenses celui qu'il se proposait d'acheter, attendu qu'il en avait compté au moins mille livres de trop l'année précédente.

—Dites tout de suite que vous me prenez pour un voleur! fit-il, selon sa coutume.

Alors mon père, sortant de sa passivité ordinaire, fut comme un mouton enragé:

—Eh bien oui, là, vous êtes un voleur!

Et de parler des bœufs gras; et de citer d'autres choses plus anciennes en s'efforçant à des preuves.

—Oui, oui, vous êtes un voleur! Si vous aviez agi honnêtement j'aurais peut-être trois ou quatre mille francs devant moi alors que je n'ai pas le sou. Oui, vous êtes un voleur!

Fauconnet, malgré son toupet, blêmit. Son visage glabre eut des plissements plus accentués. Furieux, il se prit à menacer: