—Oui, fit Aubert relevé, nu-tête, les yeux hors de l'orbite, les dents grinçantes, la main levée brandissant le couteau saignant,—si d'autres ont envie d'en avoir autant, qu'ils s'approchent!

Le garde champêtre arrivait, et des curieux avec des lanternes.

—Voyez, il y en a un qui saigne comme un bœuf!

—Tas de sauvages! Ils ont l'air fin de s'abîmer comme ça!

Des hommes séparant ceux qui luttaient encore nous retinrent éloignés. Car tellement nous étions furieux tous que nous continuions à nous invectiver et cherchions derechef à nous précipiter les uns sur les autres. Le garde champêtre inscrivit nos noms sur son carnet. On soigna les blessés. Nos antagonistes furent emmenés par leurs parents ou leurs patrons. Le père du maréchal qui avait reçu le coup de couteau à la joue jeta, en s'éloignant:

—On va laisser les laboureux tranquilles; ils se battront ensemble s'ils veulent.

—Les laboureux vous valent bien! hurla Aubert.

Et il voulut courir sus à leur groupe. Notre aubergiste et quelques voisins qui l'accompagnaient nous incitèrent à la modération. Je n'étais moi-même ni ivre, ni encoléré au point de ne plus rien comprendre. Je dis:

—C'est assez, Gustave, il vaut mieux s'en aller…

Et nous partîmes, en effet, pas très loin d'ailleurs, car l'idée nous vint de boire un café froid, histoire de se «calmer les sangs», comme on dit… Quelques consommateurs qui se trouvaient là s'entretenaient de la rixe: