On a fait aussi les expériences suivantes: on plaçait un sujet dans un angle de la pièce, face au mur et les yeux voilés; les opérateurs réunis autour d'une table, à trois mètres derrière lui, fixaient intensément leurs regards sur un objet quelconque placé sur la table en pleine lumière, et le sujet impressionné par la volonté des opérateurs nommait ou dessinait l'objet.

Pour les sujets qui voudraient pousser plus loin ces expériences, un régime devient nécessaire, végétarisme de préférence, du thé plusieurs fois par jour, et, matin et soir, une heure d'isolement, de concentration, de méditation. Alors, un sixième sens, que l'on peut appeler le sens astral, se développe.

Puisque les anarchistes veulent surtout se modifier eux-mêmes avant de modifier les autres, c'est en développant des facultés nouvelles qu'ils s'individualisent.

La télépathie ou sixième sens va enrichir le cerveau d'images nombreuses venant du plan astral qui actuellement échappent à nos cinq sens comme échappent à un aveugle les vibrations spéciales ou images qui n'impressionnent que le sens de la vue. Tout sens ne répond qu'à un certain ordre de vibrations, tout ce qui est en dehors de ce mode est obscurité, néant, pour ce sens. Toutes les vibrations d'une certaine forme et vitesse sont néant pour l'ouïe, mais affectent l'oeil, sans lequel un aspect de l'univers serait inexistant; toutes les vibrations plus lentes à larges amplitudes sont néant pour l'oeil, mais affectent l'ouïe. Chaque sens nous révèle une partie de l'Univers ou un plan de l'Univers: le plan auditif, le plan optique, etc. Un nombre infini de vibrations, c'est-à-dire d'images, d'êtres et de choses échappent encore à l'organisme humain dont l'évolution n'est pas terminée. Le sens télépathique nous révélera les images d'un autre plan, qu'on peut appeler le plan astral.

La faculté de voir à distance et à travers les corps opaques ne nous paraît extraordinaire, incompréhensible, que parce qu'elle constitue un sens dont nous ne jouissons pas encore dans l'état normal. Les aveugles de naissance ne comprennent pas qu'un fluide lumineux est l'intermédiaire qui nous met en rapport avec les objets éloignés et nous en apporte l'image. Sans la connaissance des propriétés du fluide odique, magnétique ou nerveux (atomes vitaux renfermés dans les conduits nerveux et les plexus organiques, atomes suréthérés, moins denses et plus vibrants), nous ne comprenons pas la vue sans le secours des yeux. Pourtant, en nous plaçant dans certains états, actuellement provoqués et artificiels, mais naturels pour l'avenir, nous pouvons voir comme avec les rayons Roentgen et mieux encore. C'est ce qui a lieu dans le vrai somnambulisme.

«Une somnambule douée de la vision à travers les corps opaques fut mise à notre disposition, écrit le docteur J. Charpignon dans son admirable traité de Physiologie du Magnétisme, dont nous recommandons la lecture. Nous lui collâmes les yeux avec plusieurs bandes de papier collant, nous recouvrîmes cet appareil d'un bandeau qui descend jusqu'aux narines et les bords de ce bandeau sont aussi collés sur la peau des ailes du nez, fermant la plus minime fissure. Alors nous donnâmes à la somnambule des objets divers, elle les nomma aussitôt, nous ouvrîmes un livre, elle lût très couramment, etc.».

Le somnambulisme dont nous parlons n'a rien à voir avec ces femmes aux yeux mal bandés que l'on voit dans Paris, sur les places ou dans les fêtes. Il s'agit là de mots conventionnels employés par le camelot qui joue le rôle de magnétiseur et la réponse de la prétendue somnambule est contenue dans la question de son associé. Ces méthodes sont en vente dans les commerces de prestidigitation et ne demandent que quelques semaines d'entraînement.

En nous isolant du monde physique, en fermant chaque jour nos sens extérieurs pendant un temps régulier, à heure fixe, nous permettrons au nouveau sens de fonctionner, de recevoir les images invisibles.

La science est arrêtée dans une impasse, elle ne peut plus dans l'étude des phénomènes supérieurs de la vie, de la pensée, de la clairvoyance, du spiritisme, se baser sur l'observation qui est sa méthode. Les méthodes employées jusqu'ici ne peuvent aller plus loin, puisque nos sens actuels ne répondent pas à la délicatesse, à la subtilité des ondes d'un autre ordre, des vibrations d'un rythme plus complexe. Sous nos sens matériels et grossiers pouvait tomber la matière dense, mais l'autre: la matière subtile et ce qui s'y reflète, s'y photographie, y palpite, n'est plus de leur domaine. Alors le progrès est fini?—Non. Car un sixième sens s'élabore pour nous montrer des choses, occultes aujourd'hui, mais objectives quand nous les verrons.

Aussi commençons-nous seulement aujourd'hui à pouvoir comprendre cet aphorisme, dédaigné, incompris: