—Qu’on aille chercher les autorités!
—Ça s’ peut pas! Le colonel est en train de jouer aux cartes!
Un brave commissaire de police qu’on était allé quérir se dévoua.
—Mais, le diable m’emporte! fit le magistrat ébahi. Je vous reconnais. Je vous ai souvent applaudie à Paris!... Calmez-vous! On va arranger cela... Tout de suite?... Non, pas tout de suite. Il faut téléphoner à Paris: or, il est trop tard.
Bon gré mal gré, la spirituelle artiste dut coucher à la caserne. Ce n’est que le lendemain matin que Sens reçut de Paris l’ordre de la laisser continuer sa route.
En démarrant la prisonnière d’une nuit s’écria:
—Il n’y a pas de bon Sens!
—Mais si, fit le sergent, vous êtes dans la direction.
On arriva à Berne avec des péripéties diverses. Notre artiste, après s’être installée, se mit en devoir de faire les démarches nécessaires pour retrouver son ami. Ces démarches finirent par la mettre en rapport—comme par hasard—avec le chef de l’espionnage allemand, qui se montra ultra galant et organisa une fête en son honneur.
—Mademoiselle, lui dit le Boche, en souriant d’un air iroquois, pardon, narquois, je vous félicite de venir jusqu’ici pour chercher des nouvelles de votre ami... Nous allons essayer de vous renseigner... Mais en attendant, permettez-moi de vous faire remarquer combien vos espions sont inhabiles: je les connais tous... Tenez, voici B. Là-bas, c’est N. Et puis O. Pas malins! Voulez-vous que je vous le prouve? Je vais les appeler: ils me diront tout ce que je voudrai.