Boulevard Berthier, en face les fortifications qui encerclent la porte Champerret, au numéro 25, devant un coquet hôtel particulier.

Un jeune ouvrier en cote bleue tire la sonnette.

—C’est bien ici la princesse Wisniewska?

—Parfaitement, répond un correct valet de chambre qui vient d’ouvrir.

—J’apporte les épreuves de l’imprimerie Rirachowsky.

La maîtresse du logis, prévenue, s’empare aussitôt de la grande enveloppe, en tire des feuillets encore humides, et se met à couvrir les marges de signes typographiques, puis, s’adressant à l’apprenti:

—Vous retournez boulevard Saint-Jacques?... N’oubliez pas de dire à M. Rirachowsky de mettre du meilleur papier, tout ce qu’il y a de beau, tout ce qu’il y a de plus beau!

S’adressant ensuite à un personnage bizarre à barbiche noire, à lunettes d’or, qui l’observait, elle dit:

—Ce sont les Etudes diplomatiques, la revue de luxe dont je vous ai parlé et qui va nous ouvrir toutes les portes. Le premier numéro fera sensation. Il y a des articles sur les marines militaires des grandes puissances, une chronique originale sur le roi Alphonse, et une foule de petites nouvelles sur la politique extérieure qui feront du bruit dans les chancelleries.

Ce numéro, continua la belle dame, est d’une importance capitale. Il y a un travail sur «Le facteur naval espagnol dans le problème méditerranéen» de tout premier ordre, bourré de chiffres sur les marines de guerre. Tenez, voici un passage: «Voyons comment, actuellement, dans l’année 1914, se présentent à notre appréciation les éléments matériels des flottes qui pourraient lutter demain...» Pas mal, n’est-ce pas? Il y a ensuite une statistique complète des dreadnoughts en service et en armement, et des canons dont peuvent disposer la France, l’Italie, l’Angleterre et l’Autriche-Hongrie.