Le prince eut le bon goût de ne pas la gêner trop longtemps, et de mourir, quelques années après son mariage, à Monte-Carlo, où il était allé tenter la fortune rebelle, et où gâteux, il expira entre les bras d’une domestique fidèle, aussi pauvre que son maître, mais honnête.

La princesse, n’ayant pas de parents, après s’être pourvue d’un mari, jugea utile de se munir d’un père. Elle le trouva dans la personne de Choukouski, sujet russe d’origine polonaise, qui la reconnut comme sa fille en 1910 par acte reçu à la mairie du huitième arrondissement.

Elle jugea bon aussi de se rajeunir de onze ans par un procédé facile: en 1915 elle se fit délivrer par le consulat d’Italie un passeport au nom de princesse Wiszniewska, née à Varsovie le 10 novembre 1892, de Choukouski et de Elisabeth Zoleska.

C’est sous ce faux état civil qu’elle fit sa déclaration au service des étrangers en 1915, et qu’elle obtint son permis de séjour.

Voilà pour la dame du boulevard Berthier.

LE COMTE D’ASTEK

Le monsieur à lunettes d’or, qui cohabitait avec elle, se faisait appeler docteur Emir d’Astek, comte égyptien, né à Alexandrie en 1873 et se prétendant sujet britannique.

Il s’était marié à Madrid à une Espagnole qui lui avait apporté en dot plusieurs millions. En 1913 il était venu à Paris avec sa femme, qui ne voulait pas rester à Madrid où son mari entretenait des maîtresses et dilapidait sa fortune.

Le changement de ville ne changea pas la conduite de d’Astek. Il quitta le domicile conjugal et prit d’abord comme maîtresse la théâtreuse Grent Boyer, puis la princesse Wiszniewska. Mais privé des subsides de son épouse légitime il fut bientôt obligé d’en appeler à la bourse de ses amies, et de recourir à des expédients.

Il s’improvisa homme de science, chimiste. Il se donna comme docteur ès-sciences de la faculté de Berlin, docteur en médecine de la faculté de Paris et installa un mystérieux laboratoire dans les combles de l’hôtel d’Iéna, place d’Iéna.