—Je n’ai pas besoin de tout cela, lui dit Mata en le repoussant durement. Je ne suis pas une petite femme. Je serai forte!

Et la danseuse, tournée vers le conseil, lançait des regards de défi!

Cette fois, elle était bien touchée, et visiblement elle se sentait perdue.

L’audience fut suspendue sur ce coup de théâtre. On ne peut dire que l’impression fut profonde puisqu’il n’y avait pas d’auditoire. La grande salle des appels correctionnels était déserte et nue. Les factionnaires dans les couloirs étaient toujours farouches. Il y avait partout, sur les bancs poussiéreux et vides, dans l’atmosphère grisâtre d’une après-midi sans soleil, comme une ombre de désolation et de tristesse. On pensait à ces pauvres poilus qui là-bas se battaient face à face avec l’ennemi, et qu’une misérable femme, tout enguirlandée de fourrures et de fleurs, faisait poignarder dans le dos.

LE DÉFENSEUR

Pendant la suspension, le défenseur s’approcha de moi. Comme on dit dans la Tour de Nesles, c’était une noble tête de vieillard. Il portait la médaille de 1870 sur la poitrine, et se montrait fort érudit en droit international. Il avait confiance... Toujours il avait eu confiance! Même avant d’avoir ouvert son dossier il affirmait l’innocence de Mata. C’est à ce point que, à la justice militaire, on savait que c’était lui qui avait prié le bâtonnier de le désigner comme défenseur d’office.

Avocat de grand talent, il avait voulu défendre cette femme, qu’il admirait depuis longtemps, parce qu’il avait sans doute l’intime et absolue conviction qu’elle n’était pas coupable. Sa candeur était touchante, son dévouement émouvant, et digne d’une meilleure cause.

—Qu’en pensez-vous, commandant? me dit-il avec un sourire plein d’espoir.

—Je pense que c’est une grande coquine, et qu’elle est fichue!

Je regrettai aussitôt ma franchise, car je sentis que je lui avais fait de la peine.