L’arrivée de ce dernier causa une impression désagréable. On savait l’affection de l’avocat pour la danseuse et la confiance que celle-ci avait en lui. Qu’allait-il se passer? Des scènes de désespoir pénibles étaient à craindre. Peut-être la condamnée allait-elle se cramponner après son défenseur qui lui avait fait croire à sa grâce? Nous étions en train de nous poser la question, quand l’avocat demanda à conférer avec le commissaire du gouvernement.
—Mata-Hari ne peut être exécutée ce matin, dit-il. Je m’y oppose formellement et j’invoque pour surseoir, le code pénal, Livre I, Chapitre Iᵉʳ, article 27 ainsi conçu: «Si une femme condamnée à mort se déclare et s’il est vérifié qu’elle est enceinte elle ne subira la peine qu’après sa délivrance.»
Tout le monde se regarda avec stupéfaction.
—C’est impossible, déclara le directeur. Aucun homme n’est entré dans sa cellule. Vous le savez bien, cher maître.
—Si, il y a... moi!
—Oh!... vous? fit le lieutenant Mornay, mais votre âge? Vous avez plus de 75 ans je crois?
—Il n’importe. J’invoque l’article 27 du code pénal.
—Alors le docteur Socquet procèdera tout à l’heure à une visite pour vérifier votre affirmation.
Nous étions fixés d’avance sur le résultat de la visite. Mais on ne sait jamais... Un doute peut surgir, une situation délicate survenir.
Dans le cabinet du Directeur, nous apprîmes aussi certains détails sur la santé de la condamnée de nature à la dépoétiser quelque peu...