Le docteur qui se trouvait de nouveau à son microscope, se penche hors de la roulotte, avec un hochement de tête indulgent pour cet éclat de gaîté, si bon à entendre parmi cet ensemble si désespérément morne des êtres et des choses, qui reflètent mutuellement leur tristesse. Puis, se rasseyant sur le haut escabeau, il s’adresse au houilleur en expectative.
—Non, cette fois je ne trouve rien. Vous n’êtes pas atteint par l’ankylostome, par les mauvaises petites sangsues. Mais en vous auscultant j’ai découvert que vous êtes malade de la poitrine. Il est grand temps que vous vous soigniez; or, vous soigner, c’est ne plus boire, car vous êtes un alcoolique. Oh! inutile de nier... D’abord, vous buvez tous, tous. Il est six heures du matin et pas un de ceux d’entre vous qui m’ont approché, n’avait une haleine qui n’empoisonnât le genièvre. C’est navrant.
Mais à voix basse, comme s’il se parlait à lui-même, le médecin ajoute:
—Maintenant, c’est peut-être votre métier si pénible qui vous y pousse un peu...
Et dans ses yeux passe de la pitié, quelque chose de douloureux et de doux.
L’examen de toutes ces loques humaines continue.
Chacun des misérables déchus, des misérables dégénérés au corps évidé, attend le verdict du praticien dans une même attitude harassée, commune à tous. Ceux qui ont été examinés ne s’éloignent pas, ils rentrent dans le groupe. Et le groupe, épaules courbées, attend résigné sous la pluie fine qui, commençant à tomber du ciel gris et sale, ajoute une impression lamentable à cette détresse humaine.
Et toujours la vie de cette chose qui les a brisés, continue de battre invincible entre les murailles de fer, prolongeant son énergie vorace jusqu’aux tréfonds du sol.
C’est fini, les vingt houilleurs pitoyables ont été examinés. Ensemble, ils sont partis, groupe hâve.
A présent, le docteur est seul, songeur devant le livre ou s’alignent des noms avec, en regard, le résultat de l’observation médicale.