Qui la récite excélemment,

Luy donne toute l'éficace,

Tout l'éclat et toute la grace

Qu'on doit prétendre, en bonne foy,

Des grands Comédiens du Roy.

Ainsi, Loret n'a vu lui-même aucune des deux représentations, et il ne juge la nouvelle tragédie que d'après ce que lui ont dit l'auteur et certain esprit fort de sa connaissance. Le public a-t-il apprécié Othon comme l'a fait le chroniqueur de cour? c'est ce qu'il est difficile de savoir.

Boileau, dit le Bolæana (1742, in-12, pp. 132 et 134) «n'étoit point du tout content de la tragédie d'Othon qui se passoit tout en raisonnement, et où il n'y avoit point d'action tragique»; mais cette opinion ne fut pas générale. S'il faut en croire les Anecdotes dramatiques, le maréchal de Gramont aurait dit, à l'occasion d'Othon, que Corneille devrait être le «Bréviaire des Rois» et M. de Louvois, «qu'il faudroit, pour juger cette pièce, un parterre composé de ministres d'État.» Ce qui est certain, c'est qu'Othon resta au répertoire. Voici, d'après le Manuscrit du Dauphin, comment il était interprété à l'époque de la mort de Corneille:

DAMOISELLES.

Camille: le Comte.
Plautine:Chanmeslé.
Albiane:Raisin.
Flavie:Poisson.

HOMMES.


Othon:Baron.
Vinius:La Tuillerie.
Martian:Dauvilliers.
Lacus:le Comte, ou Dauvilliers.
Galba:Chanmeslé.
Albin:de Villiers.

Les registres du Théâtre-Français dépouillés par M. Despois indiquent, de 1680 à 1700, 29 représentations à la ville et 6 à la Cour. Othon fut joué une fois encore avant 1715; il n'a pas été repris depuis lors.

Vendu: 53 fr., vél., Chédeau, 1865 (no 704).