M. Marty-Laveaux, à l'exemple des précédents éditeurs de Corneille, a d'abord placé la représentation de la Galerie du Palais en 1634, mais il a remarqué ensuite un passage d'une pièce latine adressée par Corneille à Richelieu, pièce qui a dû être composée en 1634, et dans laquelle il est question de la Place Royale. Il a fallu avancer d'un an la date généralement admise de cette comédie, et, comme il n'est pas probable que Corneille ait pu donner trois pièces en un an, changer aussi la date de la Galerie du Palais et la reporter à 1633. (Voy. Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. X, pp. 7 et 65.)

Corneille assura le succès de sa quatrième comédie en lui donnant pour scène un lieu connu de tous, cette fameuse Galerie du Palais, où se vendaient ses ouvrages et qui était alors le rendez-vous du monde élégant. Ses détracteurs lui reprochèrent plus tard avec aigreur cette manière de fixer l'attention du public. Un pamphlet anonyme publié dans la querelle du Cid, la Lettre à *** sous le nom d'Ariste, contient le passage suivant: «Il reste maintenant à parler de ses autres pièces qui peuvent passer pour farces, et dont les tiltres seuls faisoient rire autrefois les plus sages et les plus sérieux. Il a fait voir une Mélite, la Galerie du Palais et la Place Royale, ce qui nous faisoit espérer que Mondory annonceroit bientost le Cimetière S. Jean, la Samaritaine et la Place aux Veaux.» Ce passage est curieux, parce qu'il prouve que toutes les comédies de Corneille furent représentées par Mondory; on l'avait supposé jusqu'ici, mais on n'avait appuyé cette opinion d'aucune preuve.

Une innovation qui mérite d'être rappelée est la suppression de la nourrice traditionnelle, que Corneille avait conservée dans Mélite et dans la Veuve, et qui est remplacée ici par une «suivante». A la vérité, les suivantes remplirent toujours plus ou moins le rôle joué jadis par les nourrices; elles ne ressemblèrent en rien aux chambrières du XVIe siècle ou du commencement du XVIIe. Ces dernières intriguaient toujours pour leur propre compte, tandis que les suivantes n'intriguèrent que pour leur maîtresse.

La Galerie du Palais dut rester en portefeuille pendant quatre ans. Elle ne vit le jour qu'après que le Cid eut mis le sceau à la réputation de Corneille. Elle fut ainsi comprise dans le Privilége accordé au libraire du poëte triomphant, privilége d'une durée plus longue qu'aucun de ceux que nous avons rencontrés à cette époque.

La mention qui termine le privilége, mention que nous trouvons, du reste, en plusieurs autres endroits, devrait inspirer à quelque chercheur l'idée de fouiller les études des notaires de Paris, pour y retrouver les minutes des contrats intervenus entre Courbé, Targa, Sommaville, de Luyne, Billaine et les autres éditeurs des grands écrivains du XVIIe siècle. Nul doute qu'il ne se soit conservé quelques-uns de ces actes, qui nous révéleraient de piquants détails sur les bénéfices qu'une pièce de Corneille pouvait rapporter aux libraires qui la publiaient.

Les exemplaires avec le nom de Targa sont très-rares. On en conserve un à la Bibliothèque de l'Institut (Q. 150. B).

V

5. La || Svivante, || Comedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur || & Libraire de Monseigneur Frere du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme; [ou Chez François Targa, au premier || Pilier de la grand'Salle du Palais, deuant || la Chappelle, au Soleil d'or]. || M. DC. XXXVII [1637]. || Avec Privilege du Roy. In-4 de 5 ff. prélim. et 128 pp.

Les feuillets prélim. contiennent: 1 f. de titre et 3 ff. pour l'épître dédicatoire (sign. ̄a), plus 1 f. non signé, formant encart pour l'Extrait du Privilége. Ce dernier texte est extrait du privilége, donné pour vingt ans à Augustin Courbé, à la date du 21 janvier 1637, c'est-à-dire après la représentation du Cid. Courbé déclare y associer François Targa. L'achevé d'imprimer est du 9 septembre 1637.

La Suivante dut être représentée en 1634, mais ne fut publiée qu'après le grand succès du Cid. Cette circonstance explique le ton de l'épître qui la précède. Tout en présentant sa pièce au public sous la forme d'une dédicace probablement imaginaire, il vise les ennemis du Cid et défend ses œuvres avec la conscience de son génie. Quant à la Suivante, «elle est d'un genre, dit-il, qui demande plustost un style naïf que pompeux: les fourbes et les intrigues sont principalement du jeu de la Comedie, les passions n'y entrent que par accident. Les regles des Anciens sont assez religieusement observées en celle-cy: il n'y a qu'une action principale à qui toutes les autres aboutissent, son lieu n'a point plus d'estendue que celle du Theatre, et le temps n'en est point plus long que celuy de la representation, si vous en exceptez l'heure du disner qui se passe entre le premier et le second Acte. La liaison mesme des Scenes, qui n'est qu'un embellissement, et non pas un precepte, y est gardée; et si vous prenez la peine de conter les vers, vous n'en trouverez pas en un acte plus qu'en l'autre. [Il y a 340 vers dans chaque acte.] Ce n'est pas que je me sois assujetty depuis aux mesmes rigueurs: j'ayme à suivre les regles, mais, loin de me rendre leur esclave, je les élargis et reserre selon le besoin qu'en a mon sujet, et je romps mesme sans scrupule celle qui regarde la durée de l'action, quand sa severité me semble absolument incompatible avec les beautez des evenemens que je décris.»