«Ces Fleurs, réunies d'abord sur une même page et formant une guirlande superbe au milieu de laquelle on lit: La Guirlande de Iulie, se trouvent ensuite séparées et peintes sur le recto de 29 feuillets, qui ne contient jamais qu'une seule fleur.

«Les Madrigaux, dont chaque fleur est l'objet, sont supérieurement écrits en lettres rondes, chacun séparément sur un feuillet. On en compte 61, parce qu'il y en a plusieurs sur une même fleur. M. de Montausier, lui-même, est au nombre des Poëtes qui les ont faits. Le plus beau, le plus connu et le plus souvent cité, est celui de Desmarets, sur la Violette.

«On voit sur le septième feuillet une belle miniature représentant Zéphyr dans un nuage, tenant dans sa main gauche la Guirlande de Julie et, dans sa droite, une rose. Il parsème la terre de diverses fleurs que son souffle fait éclore de sa bouche.

«Le duc de Montausier, en ordonnant l'exécution de ce riche MS., le destinoit à Julie-Lucine d'Angenes, Marquise de Rambouillet, à qui il le présenta en 1641. Il eut soin auparavant de faire relier magnifiquement ce livre [en maroquin rouge, par Le Gascon], et d'orner le dedans et le dehors de la couverture, du chiffre de cette fille célèbre, qu'il épousa quatre ans après, en 1645. Ce fut, sans contredit, le plus beau présent qu'il pût lui faire, et le plus analogue à son goût et à ses talents.

«M. l'Abbé Rive a donné une notice particulière très-exacte et très-étendue de ce MS. [Notices historiques et critiques de deux Manuscrits, uniques et très-précieux, de la Bibliothèque de M. le Duc de la Vallière, dont l'un a pour titre: la Guirlande de Julie, et l'autre, Recueil de fleurs et insectes, peints par Daniel Rabel, en 1624; Paris, Didot l'aîné, 1779, in-4.]»

Une autre notice écrite par Gaignères et complétée par De Bure se trouve dans le Supplément à la première partie du Catalogue de M. le duc de la Vallière; elle a été reproduite par Didot jeune, Nodier et M. Livet, en tête des éditions citées ci-après.

Six pièces de la Guirlande: le Lis, la Tulipe, la Hyacinthe, la Fleur d'orange, la Fleur de Grenade et l'Immortelle blanche, sont signées d'un C. dans le manuscrit. Le libraire Charles de Sercy, qui a fait entrer la Guirlande dans un recueil de poésies dont nous parlerons plus loin, a signé du nom entier de Corneille trois de ces madrigaux: la Tulipe, la Fleur d'orange et l'Immortelle blanche, tandis qu'il n'a marqué les trois autres que d'une simple initiale. Granet n'a reproduit dans ses Œuvres diversés de Corneille que les trois morceaux que lui attribuait Sercy; mais M. Taschereau (Vie de Corneille, 2e éd., pp. 107 sq.) a, non sans raison, croyons-nous, revendiqué les six pièces pour l'auteur du Cid. Il est fort possible en effet que Sercy ait donné ses indications au hasard.

Gaignères et deux des éditeurs de la Guirlande de Julie, Didot et Nodier, ont fait honneur à Conrard des six madrigaux marqués d'un C. M. Marty-Laveaux a cru prudent de suivre l'exemple de Granet.

Ce précieux manuscrit fut vendu après la mort de la duchesse d'Uzès, fille du duc de Montausier, à un particulier qui le paya quinze louis et le revendit à Moreau, valet de chambre du duc de Bourgogne, lequel en fit présent à M. de Gaignères. Après la mort de Gaignères, le volume passa entre les mains du chevalier de B***. L'abbé de Rothelin l'acheta à la vente de cet amateur, et en fit présent, à son tour, à Boze, dans le catalogue de qui nous le voyons mentionné. M. de Cotte l'acquit des héritiers de M. de Boze et le céda plus tard à Gaignat. Il fut donné pour 780 livres à la vente Gaignat, mais il atteignit le prix de 14,510 à la vente la Vallière, en décembre 1783. Il fut acquis par la duchesse de Châtillon, fille du duc de la Vallière, à la mort de laquelle il passa chez Mme la duchesse d'Uzès, sa fille. Il appartient aujourd'hui à M. le duc de Crussol, qui l'a reçu de son père, M. le duc d'Uzès. Il a figuré à l'exposition organisée à Paris, en 1874, au profit des Alsaciens-Lorrains.

M. Brunet (Manuel du Libraire, vo Jarry) parle d'un manuscrit qui paraît avoir été l'esquisse et le modèle de Jarry. C'est un in-4 de 53 ff., exécuté sur papier en belles lettres bâtardes. Il a figuré aux ventes Crozat de Tugny en 1751 (no 1316 du Catalogue) et Courtanveaux, en 1783 (no 1275 du Catalogue). M. P. Firmin-Didot jeune s'en est alors rendu acquéreur pour la somme modique de 3 fr. 75.