«M. Corneille l'aîné est auteur de la pièce intitulée: L'Occasion perdue et recouvrée. Cette pièce étant parvenue jusqu'à M. le chancelier Séguier, il envoya chercher M. Corneille et lui dit que cette pièce, ayant porté scandale dans le public et lui ayant acquis la réputation d'un homme débauché, il falloit qu'il lui fit connoître que cela n'étoit pas, en venant à confesse avec lui; il l'avertit du jour. M. Corneille ne pouvant refuser cette satisfaction au chancelier, il fut à confesse avec lui, au P. Paulin, petit père de Nazareth, en faveur duquel M. Séguier s'est rendu fondateur du couvent de Nazareth. M. Corneille s'étant confessé au révérend père d'avoir fait des vers lubriques, il lui ordonna, par forme de pénitence, de traduire en vers le premier livre de l'Imitation de J.-C., ce qu'il fit. Ce premier livre fut trouvé si beau, que M. Corneille m'a dit qu'il avoit été réimprimé jusqu'à trente-deux fois. La Reine, après l'avoir lu, pria M. Corneille de lui traduire le second; et nous devons à une grave maladie dont il fut attaqué la traduction du troisième livre, qu'il fit après s'en être heureusement tiré.»
L'année même où avait lieu la publication du Carpenteriana, les Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts, publiés à Trévoux (décembre 1724, pp. 2272-2276), réfutèrent une anecdote blessante pour la mémoire de Corneille. Ils s'attachèrent à démontrer que l'Occasion perdue recouverte n'était pas de lui, mais de Cantenac, et que, par conséquent, l'auteur du Cid n'avait pas eu à faire pénitence de ce poëme.
La question paraissait jugée depuis longtemps, lorsque a paru la réimpression de M. Gay. Les raisons alléguées par lui pour attribuer à Corneille une pièce licencieuse n'ont pas trouvé grâce aux yeux du parquet, qui a fait saisir les exemplaires de la réimpression restés en magasin, en même temps que d'autres productions du même libraire.
M. Marty-Laveaux (t. VIIIe, pp. I-IX) s'est cru obligé de discuter à son tour le témoignage du Carpenteriana, dont il n'a rien laissé subsister. Il a notamment relevé dans l'Occasion perdue et recouvrée une locution gasconne qui n'eût pas échappé à Corneille, et qui ne peut avoir appartenu qu'à Cantenac.
M. Viollet-le-Duc (Bibliothèque poétique, Paris, 1843, in-8, pp. 521 sq.) a fait une autre observation également importante: c'est que le premier fragment de l'Imitation fut certainement publié avant les vers dont Corneille aurait été obligé de faire pénitence. Le premier recueil dans lequel l'Occasion perdue ait été insérée ne porte pas de date, mais il est difficile d'admettre qu'il soit antérieur à 1655. Les éditeurs de poésies «gaillardes» n'ont pas dû laisser un long temps s'écouler avant de reproduire un aussi friand morceau; aussi croyons-nous que le recueil intitulé: Poësies gaillardes, galantes et amoureuses a dû paraître sinon après, du moins fort peu de temps avant le Nouveau Cabinet des Muses de 1658.
II. Recueils contenant des pièces de vers attribuées a Corneille.
248. Recveil de diverses Poesies des plvs celebres Avthevrs de ce temps. A Paris, Chez Louis Chamhoudry, au Palais, vis à vis la S. Chapelle, à l'Image S. Louis. M.DC.LII [1652]. Auec Priuilege du Roy. 2 part, in-12.
Ce recueil renferme une Épigramme de Monsieur de Corneille, contre un poëte, mais l'attribution repose sur une erreur évidente, car l'épigramme se retrouve dans la 3e partie des Œuvres de Saint-Amand (Paris, 1649, in-4).
Le privilége, daté du 6 mars 1651, est accordé pour dix ans à «Jean Conart, l'un de nos Maistres d'Hostel ordinaire», qui déclare en faire cession à Chamhoudry.
En 1655, le même libraire fit paraître une troisième partie qu'il intitula: Nouveau Recueil de Poësies des plus celebres Autheurs du Temps, dont il existe une contrefaçon exécutée en province, sous la date de 1655.