Nous n'avons pas vu cette édition, mais il est hors de doute qu'elle existe, les pièces contenues dans les tomes IIe et IIIe, sinon toutes les pièces du recueil de 1682, ayant été tirées à part. (Voy. ci-dessus, no [25].) Polyeucte doit compter 2 ff. et 72 pp.
XII
32. La Mort || de Pompee. || Tragedie. || A Paris, || Chez || Antoine de Sommauille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu de France. || Au Pa || lais. || & || Augustin Courbé, en la mesme Gallerie à la Palme. || M. DC. XLIV. [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff prél. et 100 pp.
Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé qui représente l'assassinat de Pompée dans une barque, sur la mer, et qui porte le titre de la tragédie et les noms des deux libraires; Au palles [sic], 1644, avec la signature: F[rançois] C[hauveau] in. et fecit; 1 f. pour le titre; 2 ff. pour la dédicace à «Monseigneur l'éminentissime Cardinal Mazarin;» 2 ff. pour le remercîment à Son Éminence (en vers), et 2 ff. pour l'avis Au Lecteur, les extraits de Lucain et de Velleius Paterculus, et pour les noms des Acteurs. M. Brunet indique par erreur 9 ff. prélim.
Le dernier feuillet, paginé 99-100, contient le privilége accordé à Corneille, pour la Mort de Pompée et le Menteur. Ce privilége, daté du 22 janvier 1644, lui est donné pour dix ans. Il déclare en faire cession à Antoine de Sommaville et à Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer est du 16 février 1644.
Nous donnons la collation de l'édition d'après plusieurs exemplaires semblables que nous avons eus entre les mains; mais l'exemplaire de la Bibliothèque Cousin contient, après l'indication des Acteurs, deux feuillets préliminaires pour la traduction latine du Remercîment à Mazarin: Gratiarum Actio eminentissimo Cardinali Iulio Mazarino, ex gallico Cornelii, traduction qui compte 79 vers hexamètres et qui est signée A. R. (Abrahamus Remius). La place occupée par ces deux feuillets, qui portent à dix le nombre des feuillets préliminaires, est une preuve, croyons-nous, qu'ils ont été intercalés après coup dans l'édition dont ils ne faisaient primitivement pas partie. Du reste, le Remercîment parut d'abord en édition séparée; nous aurons l'occasion d'en parler plus loin.
C'est à Lucain, son auteur favori, que Corneille a emprunté le sujet de la Mort de Pompée. Il le déclare dans son avis Au Lecteur, où il ajoute que la lecture de ce poëte l'a rendu si amoureux de la force de ses pensées et de la majesté de son raisonnement, qu'afin d'en enrichir notre langue, il a fait cet effort pour réduire en poëme dramatique ce que Lucain a traité en épique. «On trouvera icy, dit Corneille, cent ou deux cents vers traduits ou imités de luy.» En dehors de ces emprunts et de ceux qu'il a faits à Velleius Paterculus, Corneille a tiré quelques idées de deux tragédies françaises qui avaient précédé sa pièce: la Cornélie de Robert Garnier (Paris, Robert Estienne, 1574, in-8), et la Mort de Pompée, de Charles Chaulmer (Paris, Antoine de Sommaville, 1638, in-4). Voltaire a le premier fait connaître les analogies qui existent entre ces deux pièces et celle de Corneille. On trouve dans celle de Garnier une scène entre la veuve de Pompée et Philippe, l'affranchi du triumvir, qui permet quelques rapprochements curieux avec la tragédie de Corneille. Quant à celle de Chaulmer, «cette pièce, dédiée à Richelieu, dit M. Marty-Laveaux, diffère tout à fait, par le plan, de celle de Corneille. Elle a, il est vrai, le mérite de mieux justifier son titre, car Pompée en est le principal personnage; mais ce mérite est à peu près le seul qu'elle possède. L'auteur a eu cependant la pensée de substituer à l'unique discours de Photin sur le parti à prendre à l'égard de Pompée, une véritable délibération, déjà dramatique, qui a été de quelque utilité à Corneille pour l'admirable scène par laquelle sa pièce commence.» On conçoit à peine comment le savant rédacteur du Catalogue Soleinne a pu dire, en parlant de la tragédie de Chaulmer (no 1168): «On pourrait avancer et soutenir, avec quelques bonnes raisons, que ce Ch. Chaulmer n'est qu'un pseudonyme, et que le grand Corneille est l'auteur de cette première ébauche de la Mort de Pompée.»
Le poëte nous apprend, dans l'épître qui précède le Menteur, qu'il fit Pompée «pour satisfaire à ceux qui ne trouvaient pas les vers de Polyeucte si puissants que ceux de Cinna, et leur montrer qu'il en saurait bien trouver la pompe quand le sujet le pourrait fournir». Il l'écrivit, ajoute-t-il, dans le même hiver que le Menteur. Si l'on adopte pour Polyeucte la date de 1643, comme la lettre du conseiller Sarrau oblige de le faire, il faudra dire que ce n'est pas deux pièces, mais trois pièces, que Corneille a écrites dans le seul hiver de 1642, et l'on a encore plus de «peine à croire qu'elles soient parties de la même main». La représentation dut avoir lieu, au théâtre du Marais, dans les premiers mois de l'année 1643. Jusqu'à ces derniers temps, il n'avait pas été possible de déterminer, avec une entière certitude, la scène sur laquelle cette pièce fit son apparition. La découverte d'un projet de lettres patentes, présenté au roi par Corneille en 1643, afin d'obtenir qu'il pût empêcher les comédiens de jouer ses œuvres sans son autorisation, a dissipé tous les doutes. «Le sieur Corneille, y est-il dit, nous a fait remonstrer qu'il a cy-devant employé beaucoup de temps à composer plusieurs pieces tragiques nommées Cinna, Polyeucte et la Mort de Pompée, lesquelles il auroit fait representer par nos comédiens ordres, representant au Marais du Temple à Paris; et d'autant qu'il a appris que depuis quelque temps les autres comediens auroient, à son grand prejudice, entreprins de representer lesdictes pieces et que si ils avoient cette liberté, l'exposant seroit frustré de son labeur, nous suppliant sur ce luy pourvoir et luy accorder nos lettres necessaires, etc.» Cette demande si juste ne fut d'ailleurs pas admise, et les comédiens continuèrent de jouer Corneille malgré lui, parce qu'il était d'usage que les pièces une fois imprimées appartinssent au domaine public. (Voy. Marty-Laveaux, tome Ier, pp. LXXIV sq.)
Le Registre de Lagrange nous apprend que Molière en donna trois représentations en 1659: le jeudi 16 mai, avec une recette de 135 livres; le jeudi 19 juin, avec une recette de 153 livres, et le mardi 26 août, avec une recette de 90 livres seulement. Cette dernière soirée, qui ne rapporta que 3 livres à chacun des comédiens, fit abandonner Pompée, que nous ne voyons plus mentionner jusqu'à la fin du registre de Lagrange. Lors des trois représentations que nous venons de citer, ce fut Molière lui-même qui remplit le rôle de César, ainsi que nous l'apprend un passage de l'Impromptu de l'Hostel de Condé (Paris, N. Pépingué, 1664, in-12), cité par M. Marty-Laveaux. Dans cette comédie, Montfleury, relevant les attaques que Molière avait dirigées contre les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne dans l'Impromptu de Versailles, met dans la bouche de ses personnages les vers suivants:
LE MARQUIS.