Pour déjouer autant que possible les calculs de certains spéculateurs peu scrupuleux qui composent des exemplaires avec des fragments provenant d'éditions différentes, nous avons eu le soin de marquer la séparation des lignes dans les titres des éditions contemporaines de Corneille. Ce système a l'avantage d'indiquer, pour les éditions véritablement importantes, quelles sont celles que nous avons décrites de visu. Nous n'avions pas d'abord songé à l'appliquer aux traductions étrangères: aussi le chapitre qui leur est consacré contient-il un certain nombre d'articles, antérieurs à 1684, où la séparation des lignes n'est pas indiquée, bien que nous ayons nous-même relevé les titres sur les originaux.
Nous avons particulièrement insisté sur un point auquel les bibliographes n'ont accordé d'ordinaire que peu d'attention: nous voulons parler des mentions relatives aux libraires. Au dix-septième siècle les libraires avaient l'habitude de s'associer pour la vente des ouvrages auxquels la faveur du public paraissait assurée; le plus souvent cette association était rappelée à la fin du texte du privilége, et chacun des libraires faisait tirer des exemplaires à son nom. Partant de ce principe, nous nous sommes efforcé de faire connaître aussi complétement que possible les libraires à qui Corneille avait confié la publication de chacune des éditions de ses ouvrages. Nous n'avons pas laissé au hasard l'ordre dans lequel les libraires ont été rangés; nous les avons classés conformément aux indications fournies à la fin des priviléges; nous avons été ainsi amenés plus d'une fois à citer certaines éditions avec des noms qui ne se trouvaient pas sur les exemplaires que nous avons eus entre les mains, ou tout au moins à compléter les adresses des libraires mentionnés par les bibliographes. On distinguera facilement les citations faites sur les originaux de celles qui sont des restitutions même certaines, puisque, dans le premier cas, nous avons eu soin de marquer la séparation des lignes dans l'original. Quand les libraires cessionnaires du privilége ne sont pas mentionnés expressément, nous n'avons fait figurer que ceux au nom de qui nous avons vu des exemplaires, sauf à indiquer sous forme hypothétique qu'il peut en exister d'autres au nom de tel ou tel libraire (voy. par exemple les nos [116] et [117]): nous espérons que ces notes ne seront pas inutiles pour l'histoire de la librairie parisienne.
Les recherches de MM. Taschereau et Marty-Laveaux nous ont laissé peu à glaner dans le champ des éditions originales; cependant nous croyons avoir distingué le premier les diverses éditions de Nicomède (nos 65 et 66) et de Sophonisbe (nos 82 et 83), et donné une suite complète des éditions collectives (nos 98-113).
On trouvera peut-être que nous sommes entré dans trop de détails, relativement aux ouvrages dans lesquels figurent des fragments de Corneille; il nous a paru curieux, quant à nous, de faire connaître un certain nombre de livres aujourd'hui encore peu recherchés, mais qui doivent figurer dans une collection cornélienne. Nous avons cru d'autant plus utile de décrire avec soin cette série d'ouvrages qu'elle est probablement destinée à s'enrichir de nouvelles découvertes. Ceux qui trouveront dans quelque recueil du dix-septième siècle des fragments signés de Corneille pourront immédiatement vérifier si le livre qui les renferme est déjà connu.
Nous passerons rapidement sur les chapitres que nous avons consacrés aux éditions modernes; il eût été probablement possible de les enrichir encore en recherchant, avec plus de soin que nous l'avons fait, les éditions imprimées au dix-huitième siècle, mais nous nous sommes pour ainsi dire borné à dépouiller la Bibliographie de la France. Augmenter outre mesure ces chapitres déjà trop longs eût été plus fastidieux que profitable.
Nous avons donné un développement assez considérable au chapitre des traductions étrangères pour lesquelles nous avons eu plusieurs collaborateurs dévoués. M. de' Filippi nous a signalé plusieurs pièces italiennes; M. Thor Sundby, de Copenhague, nous a très-gracieusement envoyé la liste des traductions danoises; mais c'est surtout pour la partie néerlandaise que nous avons eu un secours inespéré. M. Adolphe Régnier, l'éminent directeur de la belle collection des Grands Écrivains de la France, a bien voulu nous communiquer un important travail que feu Van Lennep avait rédigé, à la demande de M. Louis Hachette, pour l'édition de Corneille de M. Marty-Laveaux. Ce travail, jugé trop considérable pour être inséré dans un livre où il eût été comme un hors-d'œuvre, était resté inédit, et nous avons la bonne fortune de le présenter à nos lecteurs. M. Alphonse Willems, le savant bibliographe de Bruxelles, nous est venu en aide avec la plus grande obligeance, non-seulement pour compléter ce travail, mais pour en revoir les épreuves. Grâce à lui et à diverses indications qui nous ont été fournies par M. F. Vanderhaeghen, l'infatigable bibliothécaire de l'Université de Gand, nous avons pu présenter un tableau à peu près complet des traductions de Corneille publiées dans les Pays-Bas. Nos renseignements n'ont malheureusement pas été aussi complets pour tous les pays. Un inventaire définitif des traductions étrangères de nos auteurs dramatiques ne sera possible que le jour où chaque pays possédera des bibliographies théâtrales comparables à celles que MM. Klemming et Dahlgren ont publiées pour la Suède.
La facilité que nous avons eue de consulter le recueil de livrets achetés par l'Académie nationale de musique à la vente de M. de Soleinne, nous a entraîné à donner peut-être une trop grande place aux opéras tirés des tragédies de Corneille; sur ce point, cependant, nous n'avons pas hésité à sacrifier une partie des notes que nous avions prises.
Les chapitres complémentaires de notre Bibliographie, ceux qui contiennent l'énumération de tous les ouvrages relatifs à Corneille et à ses écrits, sont en grande partie empruntés à MM. Taschereau, Ballin et Marty-Laveaux, auxquels nous n'avons eu que peu de chose à ajouter. Il en est un cependant que nous croyons pouvoir recommander à l'attention de nos lecteurs, c'est celui où nous avons décrit les nombreuses pièces relatives à la querelle du Cid. Nous avons été assez heureux pour pouvoir décrire un certain nombre de pièces que nos devanciers n'avaient pu se procurer, en particulier cette fameuse Deffense du Cid, vainement cherchée par M. Taschereau.
Nous comptions terminer notre ouvrage par une iconographie de Corneille, pour laquelle un jeune amateur, M. Beraldi, nous avait fourni d'utiles renseignements, mais la crainte de surcharger outre mesure un volume déjà bien gros nous a forcé de renoncer à notre projet. Nous avons dû nous contenter des renseignements que nous avons donnés en parlant des diverses éditions de Corneille qui comportent des figures. Nous avons nous-même reproduit en tête de notre volume le plus ancien portrait de Corneille, qui est en même temps le plus rare et le moins connu. Nous espérons que les amateurs verront avec plaisir la gravure de Michel Lasne, que le procédé de M. Armand Durand a permis de reproduire avec la plus grande fidélité.
Nous avons ajouté à notre ouvrage une table alphabétique générale et une table des imprimeurs et des libraires. Cette dernière table nous paraît indispensable dans une Bibliographie. Ce n'est qu'en dressant des listes de ce genre qu'on pourra faire l'histoire de l'imprimerie et de la librairie dans tous les pays.