«O vous tous, poëtes tragiques, pardonnez-moi si je me trompe; mais cette tragédie-ci tue les vôtres, et son auteur a l'avantage sur vous tous: car en lui revit l'esprit de Peppias [sic].» V. L.

944. J. J. Z. D. W. D. J. Horace, Treurspel. Tantæ molis erat Romanam condere gentem. T'Amsterdam, Gedruckt by Gillis Ioosten, voor Adam Karelsz, in't Vreeden Jaer, 1649. Pet. in-8.

«Cette édition est datée, comme la précédente, de «l'année de la paix», à cause du traité de Westphalie. Elle contient de plus une dédicace dont voici la traduction:

«A Mademoiselle Sarah Van Lennep.

«Mademoiselle,

«Parmi ceux qui, en reproduisant sur la scène les passions de ce monde, ont obtenu un succès universel, le sieur Cornelj [sic] ne figure point au dernier rang; mais comme entre les plus beaux diamants il y a toujours à choisir, ainsi la tragédie d'Horace peut être remarquée comme la plus belle perle entre les bijoux que l'auteur a offerts au public et comme disputant le prix au glorieux Cid, dont la splendeur, si éclatante qu'elle soit, ne saurait offusquer la lumière dont brille son Horace. Quant à cette pièce, tout éloge, quelque grand qu'il fût, serait au-dessous de son mérite. Ce jugement serait celui de tout le monde, si tout le monde était aussi bon connaisseur que Votre Seigneurie; cependant le traducteur confesse qu'il ne fait que bégayer en hollandais ce qui lui a été dicté en un français si mélodieux. Mais je sais que Votre Seigneurie fera comme font ceux qui se connaissent en peinture: leur montre-t-on un tableau bien ordonné et exécuté à larges traits, ils ne s'offenseront point de ce que parmi tant de ligures, de paysages, de bâtiments, se trouve ici une jambe, là un tronc d'arbre, autre part une pierre d'une couleur un peu terne. Votre Seigneurie usera d'un jugement trop fin pour s'arrêter à des fautes qui, à dire vrai, ne doivent point être réputées telles; elle saura que jamais en France pièce ne fut plus chaleureusement applaudie ni plus hautement estimée qu'Horace. Tout présent doit posséder quelque valeur intrinsèque, qui le rende digne de celui qui le reçoit; j'ose assurer Votre Seigneurie que le cadeau que je lui offre recèle je ne sais quoi de sympathique à Votre Seigneurie; ce que j'ai pu découvrir lorsque j'ai eu l'honneur d'entendre quelques réflexions que lui suggérait une lecture qui lui était faite par un de mes amis. C'est par suite de cette circonstance que j'ose prendre la hardiesse de dédier la traduction de cette tragédie à Votre Seigneurie. J'espère qu'elle ne regardera pas aux fautes occasionnées tant par la précipitation avec laquelle l'imprimeur a travaillé, que par l'absence du traducteur, et je demeurerai, en attendant,

«Mademoiselle,
«Le moindre de vos serviteurs,
«Adam Karelsz.»

Van Lennep ajoute les notes suivantes, à propos de l'auteur de la dédicace et de la personne à qui elle était adressée:

«Adam Karelsz signifie littéralement «Adam, fils de Charles». Au dix-septième siècle, et plus tard encore, dans les Pays-Bas, les noms de famille étaient rares, et les personnes, en général, ne se distinguaient entre elles qu'en ajoutant à leur nom de baptême celui de leur père. Souvent aussi on y joignait un sobriquet. Ainsi l'Adam Karelsz dont il est question ici, signait parfois Adam Karelsz Van Zjermesz, et c'est ce nom de Zjermesz surtout qu'il a rendu célèbre par son talent comme acteur, profession qu'il cumulait avec celle de libraire. Il écrivit aussi quelques tragédies qu'on trouve encore mentionnées sur le catalogue des pièces qui formaient en 1682 le répertoire du théâtre d'Amsterdam.

«Sarah Van Halmael, mariée en 1625 à Warner Van Lennep, ce dernier issu d'une famille noble de la Gueldre, s'était établie à Amsterdam peu avant son mariage. De son fils aîné descend en droite ligne l'auteur de cette notice: du puîné la branche des Van Lennep établis en Grèce et dans l'Asie Mineure.»