1245. Lettre de Mlle Corneille a M. A. de S. P.

M. A. de S. P. avait proposé, dans une lettre publiée par le Courrier des Spectacles du 17 octobre 1805, l'institution d'une fête annuelle en faveur de Corneille. «Le poste, disait-il, compte encore en France des héritiers de son nom. Avec quel plaisir on les y verrait réunis, tenant dans leurs mains les couronnes destinées à orner le front de leur illustre aïeul. Cette fête serait encore celle des poëtes de notre siècle qui se sont illustrés dans l'art dramatique, et dont les ouvrages soutiennent honorablement la gloire de la scène française.»

MlleCorneille répondit à l'auteur du projet par la lettre suivante:

«Je ne saurais vous dire, Monsieur, avec quels sentiments d'attendrissement j'ai lu l'article de votre journal, où l'on propose l'institution d'une fête annuelle à la mémoire du grand Corneille, mon bisaïeul. Cette pensée ne saurait avoir été conçue que par une âme élevée et généreuse. Et qui peut mieux mériter le souvenir de toutes les personnes sensibles à la gloire des arts, que l'illustre auteur de Cinna? Dira-t-on qu'il s'est enrichi du produit de ses ouvrages? Non. Tout entier à la gloire, il a négligé les faveurs de la fortune. L'état où il est mort était voisin de l'indigence: un grand nom est tout ce qui reste à ses descendants. Ses véritables héritiers sont les nations qui lisent ses chefs-d'œuvre et les acteurs qui les représentent. Oui, Monsieur, j'espère que la proposition faite dans votre journal ne sera pas perdue pour le Théâtre-Français, et que nous verrons célébrer à Paris une fête digne du père de la tragédie française. Vous avez la bonté, Monsieur, de rappeler au souvenir public la famille de ce grand poëte, et de former le vœu de la voir assister à la fête que vous proposez. De quelle douce satisfaction ne seraient pas pénétrés les deux tendres neveux dont l'éducation occupe toutes mes pensées et tous mes soins! Quelle noble émulation n'allumerait pas dans leur jeune cœur la pompe d'un pareil spectacle! Pour moi, je ne saurais trop remercier celui qui en a donné l'idée; et si ma lettre ne vous paraît pas trop au-dessous de son sujet, daignez l'insérer dans votre journal, afin qu'il sache que ma reconnaissance égale la grandeur de son projet.

«J'ai l'honneur d'être, etc.

«Corneille.»

(Courrier des Spectacles, 21 octobre 1805.)

L'auteur de cette lettre eut à s'occuper, non pas seulement de deux, mais de douze neveux restés orphelins. Elle obtint des bourses pour les fils dans les lycées de l'état et parvint à nourrir les filles. L'opéra donna, en 1816, une représentation en sa faveur.

1246. Note sur les descendants de Corneille, par M. le baron de Stassart. Bruxelles, Hayez, 1851. In-8.

Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique (t. XVIIIe). Cette note a été reproduite dans les Œuvres complètes de Corneille; Paris, Didot, 1855, gr. in-8, pp. 350 sqq.