La Bibliothèque nationale possède le manuscrit original de Chapelain, avec des notes autographes du cardinal de Richelieu. Voy. les détails que M. Marty-Laveaux donne à ce sujet (t. IIIe, p. 34, note 1).
1381. Les Sentimens || de || l'Academie Françoise || sur || la Tragi-Comedie du Cid. || A Paris || En la boutique de G. Quinet au Pa- || lais à l'entrée de la Gallerie des || Prisonniers à l'Ange Gabriel. || M.DC.LXXVIII [1678]. || Avec Privilege du Roy. || Pet. in-8 de 183 pp.
Au verso du dernier feuillet, chiffré 183, se trouve le privilége daté du 26 novembre 1637, et portant deffences à tous autres qu'à Jean Camusat d'imprimer le présent volume pendant l'espace de dix ans.
1382. Observations sur les Sentiments de l'Academie Françoise. Msc. de 35 ff. non chiffr. et 1 f. blanc, à la Bibliothèque Sainte Genevieve (Y. 458 (3), in-4, Rés.).
Il est possible que ces Observations aient été imprimées, et que l'Académie, à l'adresse de qui elles contiennent une assez vive critique, ait obtenu la suppression de l'édition. La copie que nous citons est d'une belle écriture de la première moitié du XVIIe siècle et fait partie d'un recueil qui a dû être formé vers 1650 (il contient une pièce de 1643). Voici le début de cette apologie du Cid:
«Observations sur les Sentiments de l'Academie Françoise.
«Ceux qui par un désir de gloire se veulent rendre les Censeurs des ouvrages qui sont donnés au public ne doivent pas trouver mauvais que le public mesme se rende le juge de leur censure, et comme ils entreprennent librement de corriger les œuvres d'autruy, et de soumettre à leur jurisdiction les Livres et les Autheurs, ainsi est-il raisonnable que leurs ouvrages souffrent la mesme correction et qu'à leur exemple chacun se donne la liberté de les examiner par les regles de sa propre raison, puisque sans authorité ils exercent une espece d'inquisition sur les Lettres, il est bien juste que ceux qui en font commerce soient aussi les inquisiteurs de leurs jugements, qu'ils corrigent leurs corrections, et qu'ils facent voir à ces nouveaux critiques que leur censure mesme n'est pas exempte de reprehension.
«Si, en la correction de la Tragicomedie du Cid, les censeurs académiques eussent suivy les regles communes et ordinaires d'une juste censure, et si balançant leur jugegement entre les loix de la justice et celles de la grace, ils eussent corrigé les deffauts qui estoient reprehensibles et pardonné à ceux qui estoient remissibles, leurs Sentiments eussent passé sans reproche, et tant de belles observations qu'ils contiennent eussent eu les louanges et les couronnes qu'elles pouvoient meritter. Certes nous leur rendons ce témoignage que l'élégance et la beauté du style relevé de poinctes égyptiennes et les raisons revestues de belles et specieuses apparences pouvoient porter cet ouvrage jusques au dernier degré de l'admiration. Mais quand on vient à l'examiner comme l'Académie a examiné la Tragicomedie du Cid, c'est à dire à la rigueur et par des regles severes et tyranniques, par chiquaner et pointiller comme elle a faict jusques aux moindres et plus legeres particules, combien de taches dans cette belle piece, que de nuages parmy ces brillans, et que de plates peintures entresemées parmy ces images de relief.
«Que les criticques en jugent sur nos indices, et qu'à nostre déclaration ilz examinent d'abord la premiere periode de ces beaux sentiments academiques, periode qui devroit estre ornée et embellie comme l'entrée et le frontispice d'un ouvrage corinthien et qui cependant n'est rien qu'un amas de paroles rudes, confuses, sans raison ni liaison. Mais pour en bien juger, il la faut considerer en son jour et en sa propre situation:
«Ceux qui par quelque desir de gloire donnent leurs ouvrages au public ne doibvent pas trouver estrange que le public s'en face le juge. Comme le present qu'ilz luy font ne procede pas d'une volonté tout a faict des-interessée et qu'il n'est pas tant un effect de leur libéralité que de leur ambition, il n'est pas aussi de ceux que la biensceance veut qu'on reçoive sans en considérer le prix.»