Conférences scientifiques et littéraires des Facultés de Poitiers.
1415. The French Cid and his Spanish Prototype; by C. Collmann. Mezeritz, 1869. In-4 de 32 pp.
Programme de gymnase.
1416. Les Différences entre la langue moderne, et celle de Corneille, étudiées dans le Cid par Dr. [sic] Woldemar Richter. Dissertation doctorale, approuvée par la Faculté philosophe de l'Université de Rostock. Torgau, 1872. Imprimerie de E. Tragmann. In-4 de 12 pp.
1417. Le Cid d'Andalousie, par M. Alexandre Dumas fils.
M. Dumas fils a longuement parlé du Cid dans son Discours de réception à l'Académie française (Paris, Typographie de Firmin Didot frères, fils et Cie, 1875, in-4; Journal officiel de la République française du 12 février 1875). M. Dumas, qui se flatte de savoir lire entre les lignes, a voulu donner une explication nouvelle de la jalousie inspirée à Richelieu par le succès du Cid. Il prétend que le cardinal ne fut pas atteint dans sa vanité d'écrivain, mais dans ses conceptions politiques.
«Il y avait dans le Cid, pour Richelieu, une faute capitale, qui heurtait les idées, qui contrariait les projets de ce grand homme d'État, lequel entreprenait, au milieu des plus grands obstacles, de constituer non-seulement la monarchie, mais l'unité française.» Cette faute, c'était de célébrer les héros de l'Espagne, au moment où les armées espagnoles venaient de remporter contre la France des avantages signalés. M. Dumas met en scène Richelieu lui-même et lui prête un long discours, qui rappelle par certains côtés les entretiens de d'Artagnan et de Mazarin: «Prends un siége, Corneille, et écoute-moi. Tu es tout à la joie de ton triomphe; tu n'entends que le bruit des bravos, et tu ne t'expliques pas pourquoi je ne joins pas mes applaudissements à ceux de toute la ville; tu ne comprends pas pourquoi même je proteste contre ton succès. Je vais te le dire. Quoi! c'est au moment où j'essaye de refouler et d'exterminer l'Espagnol, qui harcèle la France de tous les côtés; qui, vaincu au Midi, reparaît à l'Est; qui, vaincu à l'Est, menace au Nord..., c'est en un pareil moment que tu viens exalter sur la scène la littérature et l'héroïsme espagnols!...»
Le paradoxe peut être ingénieusement soutenu, mais ce n'est là qu'un paradoxe. Il vaut beaucoup mieux écrire l'histoire preuves en mains, que de chercher à «lire entre les lignes». La persécution du Cid n'est pas une «légende», mais un fait certain, dont presque tous les détails sont connus, et dont on ne peut arbitrairement changer le caractère. Il est hors de doute que Richelieu travailla lui-même à des pièces de théâtre, et que, par un travers qui se rencontre souvent chez les grands hommes, il se crut aussi habile ecrivain qu'habile politique. S'il en était autrement, et si le Cid n'avait été persécuté que par la raison d'État, comment expliquerait-on l'intervention de l'Académie et les corrections mises de la main même du cardinal sur le manuscrit de Chapelain?
Au moment de la représentation du Cid, les Espagnols n'avaient pas encore remporté de succès qui pussent inquiéter Richelieu. Il est difficile, d'ailleurs, de voir un rapport direct entre les troupes impériales et le héros qui défait les Mores. Corneille, loin de dissimuler ses emprunts à la littérature espagnole, n'hésita pas à les faire connaître en détail. Il continua de lire les ouvrages de Lope de Vega, d'Alarcon et des autres auteurs de la Péninsule; quatre ans après le Cid, il écrivit le Menteur.
Si quelque considération politique put porter Richelieu à combattre le Cid, ce ne fut pas l'éloge des Espagnols, mais l'éloge du duel que Corneille avait imprudemment placé dans la bouche du comte de Gormas; mais, sur ce point encore, la querelle ne dut pas être de longue durée, puisque, dès les premières représentations, le poëte changea les vers qui pouvaient blesser le ministre (voy. Lettre à Mylord *** sur Baron et la demoiselle Le Couvreur [par d'Allainval]; Paris, 1730, in-12, p. 21).