Extrait de la Revue de Normandie (avril 1865).
François de Neufchâteau (Esprit du Grand Corneille, t. Ier, p. 149) raconte, à propos du Menteur, une anecdote assez curieuse, qu'il prétend avoir empruntée au Bolæana:
«Oui, mon cher Despréaux, disait Molière à Boileau, je dois beaucoup au Menteur. Lorsqu'il parut, j'avois bien l'envie d'écrire; mais j'étois incertain de ce que j'écrirois; mes idées étoient confuses: cet ouvrage vint les fixer. Le dialogue me fit voir comment causoient les honnêtes gens; la grâce et l'esprit de Dorante m'apprirent qu'il falloit toujours choisir un héros de bon ton; le sangfroid avec lequel il débite ses faussetés me montra comment il falloit établir un caractère; la scène où il oublie lui-même le nom supposé qu'il s'est donné m'éclaira sur la bonne plaisanterie, et celle où il est obligé de se battre par suite de ses mensonges me prouva que toutes les comédies ont besoin d'un but moral. Enfin, sans le Menteur, j'aurois sans doute fait quelques pièces d'intrigue, l'Étourdi, le Dépit amoureux, mais peut-être n'aurois-je pas fait le Misanthrope.—Embrassez-moi, dit Despréaux, voilà un aveu qui vaut la meilleure comédie.»
M. Taschereau (Histoire de Corneille, 2e édition, p. 115) emprunte ce récit à François de Neufchâteau, mais il avoue l'avoir vainement cherché dans les deux recueils connus sous le nom de Bolæana: celui de Brossette et celui de Montchesnay. M. Marty-Laveaux (Œuvres de Corneille, t. IVe, p. 129) fait le même aveu, et M. Bouquet, après lui, a feuilleté sans plus de succès les Bolæana, Segraisiana, Menagiana et Carpenteriana. Il est donc impossible de savoir où François de Neufchâteau a puisé son récit, mais tout porte à croire que, s'il n'en est pas l'inventeur, il l'a pris dans un recueil qui ne mérite aucune créance. Molière avait vingt ans à l'époque où fut joué le Menteur et ne songeait pas encore à écrire. Si les ouvrages de Corneille ont eu sur Molière une incontestable influence, il ne faut pas exagérer l'impression que le Menteur put produire sur son esprit. Telle est la thèse que développe M. Bouquet. «Il nous a semblé, dit-il en terminant, que la vérité historique, déjà si honorable et si belle par elle-même, n'avait que faire des oripeaux du roman, et qu'elle suffisait largement à la gloire de notre illustre compatriote.»
XVI
Mercure de France, décembre 1738, mai 1739.
Au XVIIe siècle, Rodogune avait été chaudement défendue par Saint-Évremond (voy. le n°[ 1251]).
XVIII
1442. Les Alarmes des Évêques constitutionnels, imitation des deux premières scènes du premier acte de la tragédie d'Héraclius de P. Corneille.—Nota. On s'est attaché à conserver autant qu'il a été possible, les idées et les vues de Corneille. S. l. n. d., in-8.