La Gazette de 1682 parle d'une représentation d'Andromède à laquelle le Dauphin assista le 18 août de cette année; les frères Parfaict y font également allusion; enfin Jolly, dans l'Avertissement de son édition de Corneille, cite d'une manière expresse le programme de 1682; mais, tout en rapportant ces témoignages, M. Marty-Laveaux n'a pas connu l'édition qui nous occupe. Elle existe pourtant à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque de l'Arsenal. Nous croyons utile d'en faire exactement connaître le contenu.

Comme on le voit par le titre reproduit ci-dessus, la reprise faite par les comédiens du faubourg Saint-Germain n'est pas donnée avec les machines de Torelli, détruites en 1660, mais avec des machines nouvelles construites par le sieur Dufort. Après avoir reproduit l'Argument de la pièce, non pas d'après le Dessein de 1650, mais d'après l'édition de 1651, l'éditeur de ce nouveau programme y ajoute un avis au lecteur ainsi conçu:

«Chacun sçait l'estime et le respect que le siecle present et la posterité doivent aux travaux du Prince des Poëtes François, dont le nom est si reveré, que les Estrangers mêmes ont traduit ses Ouvrages en leurs Langues: C'est de l'Illustre Monsieur de Corneille l'aîné que l'on entend parler; il remet aujourd'huy sur le Theatre une piece où son genie inimitable n'a pas mêlé moins d'invention et de varieté dans le spectacle, que de conduitte et d'esprit dans le sujet.

«Son Andromede après plus de trente ans n'a pû vieillir, et c'est par l'avis d'un nombre choisi d'honnestes gens, que les Comediens du Roy ont bien voulu faire une dépense tres-considerable pour ce grand spectacle.

«Il seroit à souhaitter que cette description pût ressembler aux effets qu'il produit; cependant bien qu'il paroisse impossible d'y reüssir, on ne laissera pas d'en donner icy une legere idée.

«L'impatience et la curiosité presque inseparables, ne seront pas long-temps dans le lieu du spectacle sans estre satisfaites, puisqu'au mesme moment que les Violons avertissent du commencement de la Piece, on voit le Theatre s'ouvrir par un enlevement de Rideau qui ne cause pas moins de surprise que de plaisir, tant pour la rapidité dont il se dérobe aux yeux des spectateurs, que par l'Invention agréable du Machiniste qui le fait emporter de chaque costé du Theatre dans ses nuages par deux Amours, qui en embrassent chacun une moitié. Cette nouvelle maniere d'ouvrir le lieu de la scene est assez ingenieuse, et semble bien entrer dans l'esprit de l'Autheur, puisque l'amour de Persée et celuy de Phinée pour Andromede sont le sujet de la Piece.»

Le programme comprend la description de la décoration du prologue et de chacun des cinq actes, ainsi que les vers chantés dans la pièce. On verra par la seule description relative au prologue, combien le texte diffère de celui que nous fournit l'édition de 1651.

Édition de 1651:

L'ouverture du Theatre presente
de front aux yeux des spectateurs
une vaste montagne, dont les sommets
inégaux, s'eslevant les uns
sur les autres, portent le faiste
jusque dans les nues. Le pied de
cette montagne est percé à jour par
une grotte profonde qui laisse voir
la mer en esloignement. Les deux
costez du Theatre sont occupez par
une forest d'arbres touffus et entrelacez
les uns dans les autres.
Sur un des sommets de la montagne
paroist Melpomene, la Muse
de la Tragedie, et à l'opposite dans
le ciel, on voit le Soleil s'avancer
dans un char lumineux, tiré par
les quatre chevaux qu'Ovide luy
donne.
(La rédaction du Dessein publié
en 1650 est un peu différente, mais
les variantes ont été relevées par
M. Marty-Laveaux.)
Programme de 1682:

On voit une Forest épaisse, formée
de plusieurs Arbres de differente nature,
et groupez differemment par un mélange
de monceaux de terre et de Rochers.
Dans le fonds il s'éleve une Montagne
percée, au travers de laquelle la Mer
paroît en éloignement, et sur le Sommet
de la Montagne l'œil découvre une vaste
Campagne avec des lointains à perte de
veuë. C'est sur cette éminence que paroît
Melpomene, la Muse de la Tragedie, et à
son opposite le Soleil dans son Char lumineux,
tiré par les quatre Chevaux
qu'Ovide luy donne. Ces deux Personnages
qui font le Prologue à la gloire
du Roy, aprés avoir dit tout ce que leur
divin langage doit prononcer à l'occasion
de ce grand Monarque, s'unissent
ensemble de sentimens et de voix, et
aprés un vol merveilleux, que Melpomene
fait dans le Char du Soleil, il l'enlève
rapidement pour aller ensemble publier
les mêmes louanges au reste de l'Univers.

Les vers mis en musique méritent encore plus d'être rapportés, car les remaniements que nous allons y signaler sont probablement de Corneille lui-même.

Le vers 79e du Prologue: