Tirage à part du recueil de 1682. Le deuxième feuillet, qui contient l'Extrait du Privilége et les Acteurs, est encore paginé, au verso, 444. Pour le reste de la pièce, la pagination a été changée.
XXIV
75. Desseins || de la || Toison d'or, || Tragedie. || Representée par la Troupe Royale du Marests, chez Mr le || Marquis de Sourdeac, en son Chasteau du Neufbourg, || pour réjoüissance publique du Mariage du Roy, & de la || Paix auec l'Espagne, & en suite sur le Theatre Royal du || Marests. || Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie || des Merciers, || à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, dans la || mesme Gallerie, à la Iustice. || M. DC. LXI [1661]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 26 pp. (y compris le titre), et 1 f. pour l'Extrait du Privilége.
Le privilége, daté du 27 janvier 1661, est accordé pour dix ans à Augustin Courbé, qui déclare y associer Guillaume de Luyne. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 31. Ianuier 1661, à Roüen, par Laurens Maurry.
Le sujet de la Toison d'or, comme celui d'Andromède, avait été choisi par les Italiens pour des représentations à grand spectacle. On avait représenté sur le théâtre des Saints-Jean-et-Paul, à Venise, en 1642, un «drame ou fête théâtrale», d'Orazio Persiani, dont Marco Marazzoli avait écrit la musique, et qui était intitulé: Amori di Giasone e d'Isifile (Venezia, per Antonio Bariletti, 1642, in-12). Cette pièce, que nous n'avons pas sous les yeux, pourrait bien avoir été mise entre les mains de Corneille par les machinistes italiens ou par le marquis de Sourdéac lui-même, lorsqu'il vint trouver l'auteur du Cid pour lui demander une tragédie mêlée de musique qui pût être représentée au château de Neufbourg. Ce gentilhomme, que Tallemant des Réaux nous représente comme un «original», voulait célébrer sur ses domaines, avec une pompe inusitée, le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse. Le mariage royal, arrêté lors de la paix des Pyrénées (6 novembre 1659), ne fut célébré par procuration que le 3 juin 1660, mais c'est vraisemblablement dès la fin de l'année 1659 que le marquis de Sourdéac conçut l'idée de sa représentation. Il commença aussitôt les préparatifs de la fête projetée, mais il faillit ne pouvoir s'entendre avec Corneille. «Il a, dit Tallemant (Historiettes, édit. Paulin Paris, t. VIIe, p. 370), de l'inclination aux méchaniques; il travaille de la main admirablement: il n'y a pas un meilleur serrurier au monde. Il luy a pris une [fantaisie de] faire joüer chez luy une comedie en musique, et pour cela il a fait faire une salle qui luy couste au moins dix mille escûs. Tout ce qu'il faut pour le theatre et pour les sieges et les galeries, s'il ne travailloit lui-mesme, luy reviendroit, dit-on, à plus de deux fois autant. Il avoit pour cela fait faire une piece par Corneille; elle s'appelle les Amours de Médée; mais ils n'ont pu convenir de prix. C'est un homme riche et qui n'a point d'enfans. Hors cela, il est assez œchonome.»
L'affaire se raccommoda pourtant, et la représentation eut lieu au château de Neufbourg, au commencement de l'hiver de 1660. Le marquis de Sourdéac fit ensuite don de ses machines aux comédiens du Marais, qui les installèrent sur leur théâtre. Voici ce que dit Loret, dans sa lettre du 1er janvier 1661:
Les Comédiens du Marest
Font un inconcevable aprest,
Pour joüer, comme une Merveille,