L'abbé Gilbert avait épuisé le premier point de sa méditation ; il avait sondé les voies obscures de la grâce ; il avait admiré le travail en son cœur de la miséricorde divine.

Après l'adoration, la contrition allait venir. Les motifs ne manquaient pas.

Hélas! quel usage avait-il fait des bontés de Dieu, comment y avait-il répondu?

Le séminariste s'anéantissait, écrasé par le sentiment de son indignité. Il se reprochait sa tiédeur, ses défaillances. Il s'effrayait de son peu de courage à dompter la nature, à dépouiller le vieil homme. S'il avait à peu près réussi à gouverner ses actes, combien de fois s'était-il égaré en pensée!

Ces constatations l'alarmaient davantage au seuil des vacances. Lui qui n'était pas arrivé à se vaincre, à se sanctifier dans l'atmosphère de vertu qu'il respirait au grand séminaire, que deviendrait-il dans le monde, exposé chaque jour aux périls de la nature et de la chair?

Gilbert aurait souhaité ne pas changer d'air encore, ne pas quitter l'abri des vieux murs, l'aile paternelle de l'abbé Védrune. Mais l'abbé Védrune s'était refusé à son désir. Avant le diaconat, avant même les ordres mineurs, il était prudent qu'il essayât ses forces, qu'il éprouvât sa vocation.

Gilbert s'était rendu ; l'épreuve allait commencer. Et c'était ici le troisième point de la méditation, la conclusion pratique, la mise en résolution de l'état d'âme créé par l'examen et par le repentir : résolution d'obéir ponctuellement au règlement des vacances, tel que l'avait tracé l'abbé Védrune, résolution de fuir les dissipations mondaines, de se recueillir dans l'oraison et le travail.

Ces bons propos, le séminariste les mettait sous la protection de la Sainte-Vierge, de la toute-puissante Dame qui planait en assomption aux voûtes de la chapelle.

Sub tuum praesidium… Les yeux fermés, les mains jointes dans une concentration fervente de tout son être, Gilbert donnait, offrait ses vacances à Marie. Des désirs de pureté, des élans d'amour jaillissaient de lui, s'épanouissaient en gerbes de roses et de lis. Et c'était vraiment le bouquet spirituel que les maîtres de la vie intérieure placent au sommet de l'oraison parfaite.

II