— Voulez-vous que je la fasse appeler?…
— Inutile ; je vais l'attendre en flânant, répliqua le fiancé, pas fâché de l'occasion qui s'offrait de constater la durée du tête à tête avec le séminariste.
Il sortit. Le capitaine Guitalens le héla. Il battait son absinthe sur la terrasse du café Cazalas, en compagnie du pharmacien Sudre. Adrien s'assit à côté d'eux, se fit servir.
Le poste était bon pour surveiller les abords de l'église dont le porche s'ouvrait en face, de l'autre côté de la petite place.
— Quoi de neuf, Monsieur Adrien? interrogea M. Sudre.
M. Sudre aimait à cancaner. Assaisonnée de quelque histoire, d'un commérage inédit, son absinthe lui paraissait plus savoureuse. Dans sa boutique, pendant qu'armé du pilon ou du pinceau, il triturait une drogue dans son mortier, collait une étiquette sur une fiole, il confessait ses clients, ses clientes. De la pharmacie au café, les nouvelles ne faisaient qu'un saut. Et là, entre buveurs, elles s'ornaient, s'amplifiaient avant de faire leur tour de ville.
— L'abbé Resongle a passé sept fois de suite au piquet, hier soir, avec ma belle-mère ; c'est tout ce que j'ai de plus intéressant à vous dire, racontait Adrien.
— Sept fois! C'est un veinard. La partie a fini de bonne heure cependant. A dix heures quand j'ai fermé mes volets tout était éteint chez madame Mériel. Il me semble qu'on veillait plus tard, d'habitude.
— C'est que mademoiselle Claire se lève de bon matin, maintenant, insinuait le capitaine. Au coup de sept heures, pendant que je suis en train de me raser au carreau, je la vois entrer à l'église… Elle devient dévote, à ce qu'il paraît, votre fiancée…
— Elle a de qui tenir, expliquait Adrien.