— Attention! commandait le capitaine ; ils vont chanter à présent.

La voix de l'abbé s'élevait. Elle célébrait l'amour, l'amour divin sans doute, mais avec les paroles, avec l'accent de l'autre, de l'amour défendu ; et comment faire la différence? Le cantique fini, quand la voix se tut, expira en point d'orgue sous les voûtes, le silence qui succéda parut plus suspect encore au fiancé, plus angoissant à entendre.

Que se passait-il maintenant, de l'autre côté de la muraille?

— Il possède un bon organe, le futur vobiscum, fit remarquer le capitaine ; et une jolie tête avec ça ; tout ce qu'il faut pour réussir au théâtre. S'il ne se faisait pas curé, ce serait un ténor à caprices. Ce qu'il s'en paierait des femmes, le gaillard! Le voyez-vous en maillot et en pourpoint, dans le rôle de Faust, au quatuor du troisième acte?

Laisse-moi contempler ton visage.

Le capitaine chantonnait.

— Ah! les voilà qui s'en vont, dit-il en apercevant Claire et l'abbé Nohèdes qui sortaient ensemble de l'église. Et il attaquait la phrase célèbre :

Ne permettrez-vous pas, ma belle demoiselle…

Adrien s'était levé, avait pris congé de son camarade. Il allait à la rencontre de Claire qui rentrait chez elle. La porte de la maison se refermait sur eux, et le capitaine, à qui n'avait pas échappé l'agacement du fiancé — ses insinuations y avaient bien été pour quelque chose — , se versait un doigt de pure, la dégustait lentement.

— Bon, ça chauffe maintenant chez les Mériel. La petite est en train d'écoper? proférait-il en faisant claquer sa langue.