Elle avait les larmes aux yeux en exprimant ce souhait, et moi, j'étais mal disposé à l'entendre. La journée que j'avais si ardemment appelée ne tenait pas ce que j'en avais attendu. L'élan de Thérèse, sa gaieté au départ, son lyrisme si communicatif, me laissaient soupçonneux, presque hostile.
La pensée de Marc Échette m'obsédait. Ce vœu d'intimité que Thérèse venait de me confier, l'avait-elle formé en pensant à moi? N'était-il pas plutôt dédié à celui qui allait venir, à l'ami essentiel, à Marc?
Cette incertitude me gâtait la félicité du tête-à-tête. Je me refusais à un bonheur que peut-être Thérèse ne partageait pas.
— Vivre ici, répliquai-je! Vous oubliez l'hiver, trois mois à passer sous la neige. Il faudrait pour s'y plaire une dose peu commune d'idéalisme. Seul, peut-être, votre ami Marc Échette s'accommoderait de cette existence. Mais sans doute cette claustration à deux vous suffirait.
Thérèse me dévisagea, étonnée.
— Pourquoi Marc? me dit-elle.
— N'est-il pas votre meilleur ami, et quelque chose de plus, peut-être? insinuai-je méchamment.
— Quelque chose de plus? que voulez-vous dire, monsieur Lavernose? Et comme j'hésitais à lui répondre : Parlez, expliquez-vous, m'ordonna-t-elle, ne me laissez pas douter une seconde de plus de votre amitié ou de votre bon sens.
— Excusez-moi, dis-je enfin. Que M. Échette soit votre ami seulement ou votre fiancé, l'alternative en tout cas n'a rien de blessant pour vous.
Ma réponse déconcerta Thérèse ; je vis sa figure s'altérer, se décomposer tout d'un coup. Les yeux, un moment allumés par le dépit, se voilèrent presque aussitôt ; les lèvres reprirent le pli navré que je leur avais vu au début de sa convalescence.