Le moine approuva ces sentiments, mais s'efforça de calmer l'exaltation du jeune gars. Il déclara qu'il acceptait le legs de son cousin et qu'il lui tiendrait lieu de parent et de tuteur.
Remy fut, en conséquence, conduit chez le prieur, qui consentit volontiers à le garder au couvent, à la condition qu'il prendrait la robe de novice.
Le frère Cyrille avait d'abord déclaré qu'il ferait des recherches pour découvrir la famille de son protégé; mais il en comprit bientôt l'impossibilité: toutes les routes étaient interceptées par les partis armés, toutes les relations de ville à ville interrompues; c'était à peine si les messagers du roi pouvaient porter les dépêches d'une province à l'autre, encore étaient-ils un mois et plus à se rendre de Chinon, où se tenait alors la cour, en Champagne et en Lorraine. Il fallut donc remettre les recherches à un temps plus opportun.
En attendant, le Père Cyrille s'occupa de l'instruction de son nouveau pupille.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, le moine de Vassy réunissait en lui toute la science acquise de l'époque; seulement son cerveau ressemblait à ces bibliothèques dont on n'a point fait le catalogue, et où rien n'est en ordre. Les connaissances chirurgicales s'y trouvaient confondues avec les principes de l'astrologie judiciaire. Il entreprit d'instruire Remy comme on sème les prairies, c'est-à-dire en mêlant toutes les graines. Le jeune garçon savait seulement lire et écrire; il lui mit à la fois entre les mains vingt traités différents: les Doctrinaux, les Floriléges, les Cornucopies et le Vrai art de pleine rhétorique. En même temps, il lui enseignait les propriétés psychologiques ou médicales des différentes substances; il lui apprenait comment, au dire des anciens auteurs, les améthistes rendaient sobre, les grenats joyeux; comment les saphirs préservaient de la perte des biens temporels, et les agates de la morsure des serpents. Il l'accoutumait également à distiller les eaux d'herbes qui servaient à combattre la plupart des maladies; il lui expliquait de quelle manière, depuis la découverte faite par un savant, que les esprits vitaux étaient de même nature que l'éther dans lequel se meuvent les astres, les alchimistes pouvaient recueillir, dans des flacons, une provision de ces esprits qu'ils faisaient ensuite respirer aux valétudinaires. Il lui signalait enfin l'influence de la lune sur le corps humain, et le danger des maladies commençant lorsque cet astre entrait dans le signe des Gémeaux.
Remy retenait une bonne partie de ces enseignements, car c'était un esprit ouvert et attentif; mais ses goûts le portaient visiblement d'un autre côté. Chaque jour il s'échappait du laboratoire de frère Cyrille pour rejoindre le sire d'Hapcourt, qui, peu versé dans les lettres et les sciences, ne s'était jamais soucié, comme il s'en vantait lui-même, que de l'art par excellence, celui de la guerre!
Le sire d'Hapcourt, resté sans ressources et couvert de blessures, après quarante années passées sous le harnais, avait été reçu parmi les moines en qualité d'oblat. On donnait ce nom à de vieux soldats sans asile, que certains couvents devaient recevoir et entretenir sans en exiger autre chose que d'assister aux offices de la communauté, et de suivre ses processions l'épée au côté. L'oblat de Vassy, qui avait été grand batailleur dans son temps, se plut à développer les instincts guerriers de Remy. Il lui prêta son vieux cheval, l'arma d'un bâton coupé dans le taillis voisin, et lui enseigna à s'en servir tour à tour comme d'une lance, comme d'une épée ou comme d'une hache d'armes. Il lui fit mettre ensuite pied à terre et lui apprit à combattre de loin, de près, corps à corps. Les moines prenaient plaisir à voir des exercices qui rappelaient à plusieurs leurs jeunes années; mais le Père Cyrille s'indignait de ces vols faits à l'étude des nobles sciences.
—Très-bien! s'écriait-il chaque fois qu'il surprenait Remy recevant des leçons de l'oblat; j'espérais en faire un docteur, messire d'Hapcourt m'en fera un soudard!
—C'est pour la santé, mon révérend, et afin d'aider à la digestion, disait le vieux gentilhomme en souriant.
Le frère Cyrille haussait les épaules et répondait aigrement: