Avec cette résolution ferme et prompte qui caractérisait tout ceux de sa race, le jeune Celte se décida aussitôt à préparer leur commune délivrance, en même temps qu'il continuerait ses recherches. Il n'ignorait pas combien le but auquel il tendait serait long et difficile à atteindre; mais dès ses premières années il avait appris la patience, et il savait qu'il suffit d'attendre pour que le gland devienne un chêne.

Il commença par retrancher de sa nourriture tout ce qui ne lui était pas rigoureusement nécessaire; il se chargea, pour quelques sesterces, d'une partie du travail des autres esclaves employés comme lui aux équipages, et passa les nuits à fabriquer des armes de son pays, qu'il vendait ensuite aux curieux.

Quant aux perquisitions qui devaient lui faire retrouver Norva, il ne put les continuer longtemps; car l'été était venu, et son maître partit avec toute sa maison pour la villa qu'il possédait à Baies.

Le voyage se fit en litière, à petites journées. Claudius Corvinus, qui redoutait avec raison les hôtelleries, avait fait bâtir sur la route plusieurs diversoriola, ou lieux de repos. Ils arrivèrent enfin à sa villa, digne en tous points du palais qu'il occupait sur le mont Cœlius.

Arvins, qui avait quitté Rome avec chagrin, se demanda bientôt s'il ne devait point s'en réjouir. Forcé de vivre plus simplement, le maître exigeait moins de service de ses esclaves, et leur laissait plus de temps. Outre les moyens de gain qu'il avait déjà, l'enfant put donc louer quelques heures de sa journée à un jardinier voisin.

Son pécule grossissait ainsi lentement; mais il grossissait. Chaque soir il regardait les deniers, les quadrans, les as et les sesterces ramassés avec tant de peine; il les comptait, les faisait sonner l'un contre l'autre: le bruit de cet argent le réjouissait comme un avare; à chaque pièce tombant dans le vase d'argile qui renfermait son trésor, il lui semblait entendre se briser un des anneaux de la chaîne qui retenait sa mère et lui en captivité.

Les habitudes laborieuses d'Arvins ne lui laissaient le temps de se livrer ni aux causeries, ni aux débauches de ses compagnons de captivité; aussi, quoique vivant au milieu d'eux, leur resta-t-il étranger.

Un seul s'était rapproché de lui et semblait s'intéresser à ses efforts. C'était un Arménien à la figure douce et grave, que les autres esclaves tournaient en railleries à cause de sa résignation. Nafel était chargé de la copie des manuscrits dont Corvinus enrichissait sa bibliothèque. Son instruction était profonde et variée, bien qu'à voir sa modestie timide, on l'eût pris pour le plus simple des hommes. Il pouvait réciter, sans s'arrêter une seule fois, les plus beaux passages des philosophes, des orateurs et des poëtes de la Grèce; mais il préférait à tous, les écrits de quelques juifs inconnus, qu'il avait copiés pour son usage, et qu'on lui voyait relire sans cesse.

La fière patience d'Arvins et son activité persistante l'avaient frappé; il chercha à gagner la confiance du jeune Armoricain. Celui-ci repoussa d'abord les avances du vieillard; mais Nafel ne se rebuta point, et Arvins finit par se laisser gagner à son affectueuse douceur.

Il lui avoua ses espérances; l'Arménien sourit tristement.