Lorsqu'Arvins et Morgan se revirent, ils se tendirent la main sans se parler, et s'assirent l'un près de l'autre. Tous deux avaient été trompés dans leur dernier espoir, et ils allaient mourir vaincus! Il y eut un assez long silence.
—Ma mère ne sera pas vengée! dit enfin Arvins d'un air sombre.
—Nos dieux ne l'ont pas voulu, répondit Morgan.
—Qu'est-ce donc que tes dieux? répliqua amèrement le fils de Norva. Ils ne peuvent ni nous défendre au foyer, ni nous protéger dans l'esclavage; pourquoi les adorons-nous s'ils manquent de puissance? et s'ils en ont, pourquoi nous abandonnent-ils? Les dieux de Rome sont les seuls vrais; car ils sont les seuls qui conservent les libertés.
—Invoquons-les alors, dit Morgan dédaigneusement. Crois-tu qu'ils entendent la voix d'un esclave? Ils n'accordent leurs faveurs qu'aux maîtres; pour nous, qu'ils livrent aux Romains, ce ne sont pas des dieux, mais des ennemis.
—Ainsi, reprit le jeune Celte, le monde entier n'existera désormais que pour être la bête de somme d'une seule ville. Oh! pourquoi naître alors? Pourquoi ne pas égorger par pitié l'enfant qui ouvre ses yeux à la lumière du jour? Quel mauvais génie a donc fait la terre, si elle doit être pour jamais abandonnée à l'injustice et à la servitude?
—Le règne de la paix et de la liberté approche, dit une voix douce.
—Arvins, étonné, releva la tête; c'était Nafel.
—Vous ici! s'écria-t-il... Avez-vous donc aussi conspiré contre les oppresseurs?...
—Non, répondit l'Arménien; ils m'ont condamné aux bêtes uniquement parce que j'adore un dieu tel que vous le désiriez tout à l'heure.