Le vieux Thomas Lerouge se détourna.

—Quoi! la table servie, s'écria-t-il étonné.

—Et vous avez un hochepot, continua la jeune fille.

—Et du beurre, dit Jehan.

—Et des cerises, ajouta le vieillard qui s'était dressé sur son séant.

—Allons, père, c'est votre repas de convalescence, reprit Catherine en battant joyeusement des mains; venez vous asseoir là avec Jehan, et je vous servirai.

Elle courut au foyer et prit la marmite dont elle vida le contenu dans un plat de bois qu'elle plaça tout fumant sur la table. Thomas avait rejeté les peaux de chèvres qui lui servaient de couverture; il était demeuré assis sur son lit, suivant tous ces préparatifs avec le regard et le sourire affamés des convalescents; il allait enfin se lever pour s'approcher de la table quand un grand bruit se fit entendre au dehors. Jehan courut à la porte; mais elle s'ouvrit brusquement avant qu'il eût pu la barrer et donna passage à une demi-douzaine de valets de meute, portant les armes du roi brodées sur la poitrine.

Tous étaient entrés bruyamment en demandant la maison du forestier; mais à la vue de la table servie et du hochepot dont l'odorante vapeur parfumait la chaumière, ils poussèrent une exclamation de satisfaction.

—Pâques Dieu! s'écria le plus vieux en roulant autour de son corps le fouet qu'il avait à la main; nous n'avons plus besoin de la maison du forestier; voici de quoi amuser notre faim jusqu'au soir.

—Sur mon âme! c'est un chapon au gruau, ajouta un grand noiraud à l'air affamé, dont les narines, caressées par le fumet du hochepot, semblaient se dilater avec délices; je me réserve l'aile droite.