—Je viens de chez le prévôt, mon père, répondit Catherine d'un accent ému.

—De chez le prévôt! Auriez-vous quelque démêlé avec la justice?

—Non pour moi, mais bien pour mon cousin Jehan.

—Quelle faute a-t-il donc commise?

La jeune fille raconta ce qui était arrivé la veille, et comment Jehan avait été conduit aux prisons du château.

—Dieu le sauve! dit le Père Ambroise (c'était le nom du franciscain); j'ai vu passer, il y a une heure, le comte Raoul avec toute sa suite, et l'on eût dit un orage d'été. Un de ses écuyers a raconté au village qu'il avait été désarçonné trois fois au tournoi d'Angers, et qu'il en avait la rage au cœur.

—Ah! que dites-vous là, mon père? s'écria Catherine; l'intendant va profiter de cette humeur noire pour lui parler de Jehan, et ils le feront pendre aux fourches du château!

—Il faut espérer en sa miséricorde, dit le moine d'un ton prouvant qu'il n'en attendait rien lui-même.

—Oh! non, non, reprit l'enfant en joignant les mains et fondant en larmes; monseigneur Raoul n'a jamais pardonné dans sa colère; quand le cœur lui point, il s'en venge sur le premier qui se trouve à la longueur de sa main. Il n'y a plus d'espoir pour Jehan, mon pauvre Jehan!... Et que va devenir le vieux père? qu'allons-nous devenir tous sans lui? c'était notre force et notre avenir. Ah! si vous le connaissiez, mon révérend!... courageux comme un sanglier contre qui l'insulte, et bon comme un chien avec ceux qu'il aime... Et penser que personne n'ose dire la vérité pour le défendre, ni le prévôt, ni le notaire, ni le collecteur... il n'y a que moi et le vieux père qui oserions déclarer que le tort est à l'intendant; que c'est lui qui l'a injurié, frappé... Mais, pauvres gens que nous sommes, on ne nous écoutera point, et Jehan sera pendu. Ah! pourquoi ne puis-je le sauver avec tout ce que j'ai de sang!

En parlant ainsi, l'enfant sanglotait et pressait ses mains jointes sur sa poitrine. Le moine fut attendri.