—Vous?
—Oui; j'ai réfléchi qu'après tout j'avais été un peu vif dans cette affaire, qu'il fallait passer quelque chose à un enfant; car Jehan est presque un enfant. Je comptais parler à monseigneur pour l'apaiser s'il se pouvait.
—Veuillez alors le voir tout de suite, reprit le Père Ambroise, qui, ne doutant plus des accusations avancées par Jehan, sentait l'intendant en sa puissance; j'attendrai ici votre retour.
—C'est cela, dit Moreau en se levant; je vais tâcher d'obtenir le pardon.
—Faites tous vos efforts, maître, car si le comte refuse, il faudra que je lui parle des révélations de Jehan, comme dernière ressource.
—Vous n'en aurez pas besoin, mon père, j'en ai la certitude; le comte manque d'argent, et moi seul je puis lui en procurer: dans ces moments j'obtiens tout de lui. Pas un mot de ce que vous a dit Jehan, mon révérend, et je reviens dans un instant avec sa grâce.
Maître Moreau sortit à ces mots, laissant le Père Ambroise émerveillé du changement qui venait de s'opérer en lui.
Il fut absent environ une heure et reparut enfin, le teint animé et le front couvert de sueur.
—Jehan est sauvé, dit-il en entrant; mais ce n'a pas été sans peine; monseigneur s'était fait à l'idée de le voir pendre et n'en voulait plus démordre. Enfin pourtant, il a cédé; seulement, comme il craint que cette indulgence ne soit de mauvais exemple, il veut que le fils de Thomas quitte le pays.
—Et où l'envoie-t-il? demanda le franciscain.