—Monseigneur a, d'ailleurs, disposé du vieux Thomas et de Catherine, objecta maître Moreau avec un sourire méchant.
—Comment cela?
—Tous deux font partie des familles qui doivent être livrées au seigneur de Vaujour.
—Se peut-il! s'écria Jehan.
—Oui, dit Raoul; je lui ai vendu trois villages avec tous leurs serfs, et tu ne pourras retirer de ses mains ni le vieillard ni la jeune fille, car il a juré de ne jamais consentir à un affranchissement.
Jehan tressaillit et devint pâle; il savait que le seigneur de Vaujour était un de ces fous sanguinaires que les souffrances des autres réjouissent. On racontait d'incroyables histoires de sa cruauté: la plus grande partie de ses serfs étaient morts de misère ou avaient pris la fuite, ses terres avaient cessé d'être cultivées, et les villages de son domaine tombaient en ruine. La seule idée de voir son père et Catherine au pouvoir de ce monstre, causa au jeune homme une véritable épouvante.
—Je me soumettrai à telle condition qu'il plaira à monseigneur d'ordonner, dit-il; mais au nom du Christ, qu'il ne livre point ceux que j'aime au duc de Vaujour.
—Monseigneur ne peut se dispenser de faire cette vente, interrompit maître Moreau, qui craignait que Raoul ne se laissât toucher par les prières du jeune homme.
—Je lui abandonnerai en dédommagement tout ce que je possède, interrompit Jehan.
—En vérité, dit le comte; je serais curieux de savoir ce qu'un drôle de ta sorte cache dans son escarcelle.