Le marquis était assis au fond de la chambre, serrant une des mains de Jeanne, pâle et haletante. Tous deux tressaillirent à l'aspect de madame de Solange, et le vieillard cacha vivement un papier qu'il tenait; mais la marquise avait remarqué son mouvement; elle s'avança vers Jeanne, qui avait baissé les yeux, et de cette voix dont la douceur avait je ne sais quelle inflexibilité sonore:
—Votre gouvernante vous cherche, dit-elle.
La jeune fille, étonnée, leva les yeux.
—Allez, reprit la marquise.
Jeanne regarda son père avec inquiétude. Elle parut balancer un instant; sa main serra celle du marquis, comme pour lui demander l'ordre de rester; mais celui-ci, qui avait rencontré l'œil de la marquise, détourna la tête. Obéissant enfin à un geste impérieux de sa mère, la jeune fille sortit lentement.
Madame de Solange reconduisit sa fille jusqu'à la porte, qu'elle referma derrière elle; puis, laissant tomber les rideaux qui avaient été relevés et permettaient de tout voir du dehors, elle revint vivement vers le vieillard:
—Jeanne vous a remis une lettre! dit-elle brusquement.
—Un siège! un siège pour madame! balbutia le marquis, qui promena les yeux autour de lui comme s'il eût cherché un valet.
—Veuillez m'écouter, monsieur, interrompit madame de Solange avec impatience.
—Une belle étoffe! reprit le vieillard en ayant l'air d'admirer la robe de la marquise.