Elle hésitait encore sur ce qu'elle devait faire lorsqu'on vint lui annoncer que M. de Lanoy attendait au salon.
Le comte était accompagné du duc de Lussac qui avait été, comme vous l'avons déjà vu, son présentateur[48] chez madame de Solange, et s'était entremis pour le mariage projeté. Il venait aider son protégé à discuter les conditions du contrat.
Le duc était alors dans tout l'éclat de son succès à la cour et au plus haut degré de la puissance que lui donnait sa parenté avec la princesse de Lamballe.[49] Nul ne possédait autant que lui cette légèreté moqueuse, alors à la mode chez la reine, et on le citait comme le gentilhomme de France le plus spirituel et le plus brave. Serviable, du reste, il distribuait à tout venant, sur la recommandation de son valet de chambre, les brevets[50] et les pensions qu'il arrachait au ministre.
Au moment où madame de Solange entra au salon, il était assis sur une bergère dans tout le débraillé[51] d'un gentilhomme qui se sent chez des inférieurs. A la vue de la marquise, il se leva avec effort.
Eh! la voilà! s'écria-t-il. Complimentons-nous donc de notre exactitude, chère marquise. Pour vous, j'ai manqué trois rendez-vous. Il y a manœuvres de cavalerie ce matin au Grand-Camp, et je voulais vous y mener.
—Mille grâces, dit madame de Solange, je ne sais si je pourrai.
—Pourquoi donc? Il le faut! Voyons, marquise, nous allons terminer l'affaire du contrat en un instant.
—J'attends maître Durocher.
—Voici un clerc que j'ai pris en passant et qui vous apporte le projet d'acte.[52]
Madame de Solange aperçut alors debout près de la porte, un jeune homme dont les traits ne lui semblèrent point inconnus. Il était vêtu de noir comme ceux de sa profession, mais elle fut frappée de sa tournure hardie et de l'espèce de triste fierté qui se révélait dans tout son air. Il se tenait immobile à quelques pas du seuil, une main cachée dans sa poitrine. Au mouvement que fit la marquise il salua.