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I.

ON se trouvait aux derniers mois de l'année 1775. Deux hommes étaient assis l'un vis-à-vis de l'autre auprès d'un bureau chargé d'in-folios ouverts, de parchemins timbrés et de sacs à procès.[1]

Le costume du premier annonçait l'un des plus brillants gentilhommes de la cour de Louis XVI, tandis que le second portait l'habit de drap noir et le jabot en organdi, qui désignait alors l'homme de loi d'une manière presque certaine.

—Ainsi, maître Durocher, reprit le jeune seigneur comme s'il eût voulu résumer les renseignements que le notaire venait de lui fournir, vous m'assurez que la fortune de madame de Solange ne monte pas à moins de cent mille livres[2] de revenu; qu'elle est liquide de toute dette et susceptible d'augmentations.

—Je puis vous l'affirmer, répondit le notaire.

—Fort bien; mais vous n'êtes point seulement un habile praticien, maître; tout ce que vous m'avez appris jusqu'à ce jour des personnes que je voulais connaître, l'expérience l'a justifié; voulez-vous me donner une nouvelle preuve de vos lumières?

—Monsieur de Lanoy peut compter en toute occasion sur mon dévouement, répondit le notaire sérieusement.

—Eh bien! dites-moi ce que vous savez de madame de Solange et ce que vous en pensez.

Durocher sourit.