CINQUIÈME TABLEAU.

On voit un rocher couvert de grands nids; c'est la ville natale de Moïse, la capitale des crocodiles.

Ceux-ci s'agitent autour de leurs demeures et vaquent à leurs devoirs domestiques. Les mères soignent leurs petits, les pères de famille partent pour la pêche ou la chasse. Les jeunes caïmans entraînent à l'écart les jeunes caïmanes. Telle est la perfection de la mise en scène que l'on croirait voir un peuple civilisé.

Séparée de tout ce mouvement, Astarbé se tient mélancoliquement assise aux bords du rocher. Moïse vient de la quitter pour quelques visites de famille. Elle pense à son époux, dont elle tient la miniature, et, après avoir versé un torrent de larmes et de vers, elle s'enveloppe dans son burnous en déclarant que,

Ne voyant plus Kléber, elle ne veut rien voir!

L'aigle chauve paraît alors dans les nuages, descend lentement, saisit dans ses serres les quatre coins du burnous et emporte la jeune fille à travers les airs!

Moïse, qui arrive dans ce moment, s'élève en vain sur sa queue en tendant vers elle des pattes éplorées; Astarbé disparaît dans les nuages!

Ici commence un monologue pantomime du caïman, qui exprime sa douleur par tous les moyens à son usage: il pousse des gémissements, saisit sa tête à deux pattes comme s'il voulait s'arracher les cheveux, se roule à terre, où il reste enfin suffoqué de douleur.

Mais il est arraché à cette espèce d'évanouissement par le bruit du tambour: c'est l'armée française qui vient de débarquer à l'île des caïmans.

On voit bientôt arriver l'avant-garde, tambour-major en tête. Le crocodile court à sa rencontre, et, par ses gestes, il engage les soldats à le suivre pour délivrer leur général. Mais les Français, qui ne comprennent point son langage, et que l'expérience a rendus défiants à l'endroit des crocodiles, croisent la baïonnette. Moïse, désespéré, veut s'échapper; on en conclut que c'est un traître, et il est arrêté. Au même instant, un officier aperçoit la miniature échappée aux mains d'Astarbé et dit: