Cependant, la conversation continuait à l'autre bout de la table, où Prétorien racontait l'histoire d'une Sans-Pairienne qui, parmi ses envies de femme grosse, avait eu celle de manger son mari.

«Et elle l'a mangé? demandait Blaguefort.

—Jusqu'aux orteils! répliqua le directeur du Grand Pan.

—Elle était dans son droit: la loi déclare que le mari doit nourrir sa femme.

—Et l'Église ajoute que tous deux ne sont qu'une même chair.

—Ce qui n'a pas empêché le procureur général de l'arrêter, reprit Prétorien.

—Il a sans doute craint le mauvais exemple pour sa femme.

—Qui diable voudrait manger un procureur général?

—Quand il s'agit d'un mari, on ne doit point consulter son goût.

—Mais si pourtant la malheureuse prouve qu'elle a cédé à un besoin irrésistible? objecta Banqman.