—Et où allez-vous? demandai-je.

Il nomma un village éloigné de deux lieues. Jean-Marie fit observer qu’il trouverait les routes noyées, il répondit qu’il prendrait par les champs. Le taupier secoua la tête.

—C’est un chemin plus commode pour les lièvres que pour un homme chargé, dit-il; si le fils de votre mère avait un peu de sens, il me demanderait deux bottes de paille pour passer ici la nuit.

—Le fils de ma mère a son idée, répliqua sèchement Claude, qui achevait ses préparatifs.

Le taupier parut ni surpris, ni blessé de cette brusque réponse; il regarda son hôte avec l’espèce de déférence qu’il m’avait paru lui montrer dès l’abord.

—Vous êtes votre maître, rouleur, reprit-il tranquillement; mais on ne se sépare point comme ça avant d’avoir bu le coup de soleil.

A ces mots, il ouvrit une armoire d’où il tira une bouteille d’eau-de-vie presque pleine, et il en versa dans chaque verre. Nous trinquâmes, en adressant à Claude un souhait d’heureux voyage. Mon compagnon répéta pour lui la prière populaire de saint Bon-Sens, demandant à Dieu de le préserver «des hommes de la cour, des femmes de la ville et des loups des champs.»

—Monsieur veut rire, dit Jean-Marie à l’avoué; mais que je devienne Normand, si je n’ai pas cru hier voir un loup tout près de la closerie. Je suis rentré prendre mon fusil, j’ai suivi la bête tout le long de la grande haie, et j’allais lui envoyer mes chevrotines, quand elle a aboyé.

—C’était un chien?

—D’une espèce que je n’ai jamais vue dans le pays.