Jean-Marie se pencha pour secouer l’idiote, dont le grognement me prouva bientôt qu’elle était réveillée.
—Debout, Marthe! viens avec nous, dit précipitamment le sourcier, nous avons besoin de toi.
Je compris enfin le sujet du débat mystérieux qui s’était prolonge si longtemps. Pour obtenir la possession du trésor, il fallait que quelqu’un se dévouât, ainsi que l’avait déclaré le rouleur, et il avait décidé Jean-Marie à sacrifier sa sœur! Cette longue habitude de tendresse dont le témoignage nous avait touchés un instant auparavant, n’avait pu tenir contre le rayonnement d’une chimérique richesse.
Je demeurai saisi, comme si le danger qu’allait courir l’idiote eût eu quelque chose de réel. Quoi qu’il arrivât désormais, le frère avait, en effet, échangé la vie de la sœur contre l’espérance d’un peu d’or. J’aurais pu tout arrêter en faisant connaître que j’étais là; je ne sais quelle fièvre de curiosité me retint. Je voulus voir jusqu’au bout cette amère épreuve des affections humaines. Je tenais d’ailleurs à jouir du désappointement qui devait punir les deux meurtriers d’intention.
Ils avaient réussi à faire lever Marthe et à l’emmener à moitié endormie. Dès qu’ils eurent disparu, je courus réveiller mon compagnon, à qui je racontai rapidement ce qui s’était passé.
—Vite, suivons-les, dit-il en se jetant à bas du lit.
Je lui fis observer que la porte était fermée.
—Voyons la fenêtre, s’écria-t-il.
Nous la cherchâmes dans l’obscurité; elle était garnie d’un fort treillis. Il fallut revenir à la porte et réunir nos efforts contre la serrure; mais ce fut peine inutile. L’avoué se mit à faire le tour de la pièce en suivant le mur, dans l’espoir de découvrir quelque issue. Tout à coup je l’entendis s’écrier:
—Nous sommes sauvés!