Enfin le recteur prononça les paroles sacramentelles destinées à congédier les fidèles, un frémissement parcourut la foule. Il y eut un moment d'angoisse inexprimable. Toutes les têtes étaient penchées en avant, tous les bras tendus vers l'autel.
—Elevez vos âmes à Dieu! dit le prêtre.
Et prenant par la main le premier homme voilé qui se trouvait le plus près de lui, il le fit avancer d'un pas et souleva le linceul qui le couvrait! Un cri partit et une femme s'élança vers l'autel.
Le prêtre passa à un second naufragé, puis aux suivants. A chaque voile arraché, retentissait un nouveau cri de joie à demi étouffé par un douloureux murmure, mais au dernier, une clameur de désespoir s'éleva et les sanglots éclatèrent de toutes parts.
Je me tournai vivement vers Dinah; elle était à la même place, dans la même attitude, regardant toujours.... Tous les linceuls étaient tombés et elle cherchait encore Joan.
Je passai le reste de la nuit au presbytère pendant que le recteur s'occupait de consoler les orphelins et les veuves. Enfin, le jour venu, je pus reprendre le chemin de Tréguier.
L'orage avait cessé et le soleil, dégagé de brouillard, brillait joyeusement dans le ciel; les oiseaux, ranimés, sautillaient en gazouillant sur les arbres étincelants de givre, les haies d'aubépines avaient secoué leurs robes de neige et montraient leurs riants bourgeons; la création entière semblait renaître et un souffle de printemps passait sur la campagne attiédie.
Près de descendre du coteau, je me retournai, et jetai un dernier regard sur le hameau désolé que je venais de quitter, j'aperçus au loin Dinah, la veuve de Joan, qui descendait le versant opposé, son enfant dans ses bras, et tenant à la main le bâton blanc des mendiants.