—Oui, oui, continua-t-il ironiquement, la petite sainte n'aime pas les curieux, et, comme les chiens de métairie, elle aboie de loin.

—Les bons chiens n'aboient pas contre les honnêtes gens! objecta finement la paysanne.

—Alors, dis-moi un peu, reprit le meunier, ce que font les chiens de Kercolleorc'h quand Beuzec-le-Noir passe devant ta porte!

Dinorah ne répondit rien et rougit beaucoup; évidemment Guiller avait trouvé le point sensible. Il appuya avec une persistance qui prouvait la rancune, et plaisanta longuement la jeune fille sur son voisin Beuzec, qui me parut être un de ces favoris pour lesquels on avoue difficilement sa prédilection. Dinorah, d'abord troublée, recouvra bientôt sa présence d'esprit, et finit par répondre avec une vivacité acérée. Tous deux épuisèrent leur malignité dans ce duel de paroles. Guiller y mit l'entrain vulgaire des railleurs de profession, la jeune fille une dextérité nerveuse et hardie dans laquelle perçait quelquefois l'amertume. Le meunier parut céder le premier.

—Sur mon baptême! le diable n'aurait pas avec elle le dernier mot, dit-il en me regardant; voici bien la preuve que ce qu'il y a de plus infatigable sur la terre, c'est la mauvaiseté d'une femme.

—Vous mentez, dit vivement Dinorah: ce qu'il y a de plus infatigable, c'est la cravate d'un meunier.

—Pourquoi cela? demandai-je.

—Parce qu'au dire de la tradition, reprit la paysanne en riant, elle peut, sans se lasser, tenir toujours un coquin à la gorge.

Guiller ne parut point se fâcher de l'application du proverbe populaire.

—Allons, dit-il d'assez bonne grâce, la fille est bien instruite et connaît toutes les sentences de malice. Depuis que le froment a du son, les piqueurs de meules ont été exposés à la médisance et au péché. Il n'y a que les petites saintes qui peuvent être filleules de la vierge Marie!