Le kacouss se leva et laissa tomber la corde qu'il effilait. Je tâchai de le rassurer en lui expliquant que j'avais suivi Guiller pour voir le pays, et que j'attendais le bateau de Salaün à la Pointe-du-Corbeau. Il parut satisfait, grommela une malédiction contre le meunier qui continuait à rire, et alla prendre un des bouts du sac qu'il venait de décharger. Tous deux le portèrent à la cabane, où je les suivis; mais, à peine entré, Judok s'arrêta avec un cri et laissa retomber la poche de mouture. Il venait d'apercevoir Beuzec accroupi sur le foyer et occupé à recouvrir de cendre des pommes de terre qu'il retirait de sa besace.
—Lui! s'écria le kacouss avec une indicible expression de surprise; que les saints nous protégent! Par où est-il entré?
—Il me paraît qu'il n'y a pas à choisir, dit Guiller en montrant la porte.
—Non, non! reprit le cordier avec force; quand je suis sorti, il n'y était pas; je n'ai point quitté le seuil, et il n'a pu passer sans être vu.
—Par où alors serait-il venu? demandai-je en regardant autour de moi la cabane, qui n'avait aucune autre ouverture.
—C'est ce que le reptile seul pourrait dire, murmura Judok, qui lança au jeune garçon un regard où la colère se mêlait à la crainte.
Beuzec avait tout écouté d'un air indifférent, et continuait à ranger ses pommes de terre sur le foyer.
—Qu'est-ce qui étonne mon père? dit-il enfin tranquillement; le vent ne sait-il pas bien entrer sans qu'il y ait de porte?
—Entendez-vous, s'écria le kacouss, il l'avoue! Le malheureux peut venir et aller sans que je le sache; je ne suis plus le maître dans mon pauvre logis! il peut tout prendre ici à sa fantaisie!...
—Il y a donc à prendre, mon père? demanda Beuzec en appuyant pour la seconde fois sur cette appellation avec une ironie de tendresse.