—Ah! te voilà, œil de corbeau, reprit-elle; pourquoi viens-tu avec d'honnêtes gens, toi, la fille d'un cordier.
Je regardai la jeune paysanne qui pâlit.
Ces mots de fille de cordier m'expliquaient la timidité de Dinah, et la vague malveillance qui semblait l'entourer. Elle appartenait à cette race maudite de kacouss contre laquelle s'élevait encore en Bretagne le préjugé populaire.
—Tu es fière, reprit Anaïk, parce qu'un jeune homme de la paroisse a bien voulu de toi; parce que tu as un enfant qui grandit... Moi aussi, j'ai eu un mari, des enfants!!!! Mais attends un peu! Voilà un an que je t'ai prédit de mauvais jours....
—Pourquoi me voulez-vous du mal, Timor? demanda Dinah d'un ton doux et craintif.
—Pourquoi! s'écria la vieille; tu me demandes pourquoi? ton mari ne m'a-t-il pas chassée de sa maison?
—Parce que vos injures me faisaient pleurer.
—Des injures, répéta Anaïk; je t'appelais FILLE DE CORDIER! N'est-ce pas la vérité?.. Et cependant Joan a dit que j'étais ivre! il m'a menacée! oui, il a menacé la vieille Timor!... Ah! ah! ah!—Il y en a qui croient pouvoir mettre le pied sur la vipère, mais la vipère sait mordre. Une heure viendra où je serai vengée de tous ceux qui m'ont en mépris... et qui m'ont fait attendre à la porte.... Oui, oui, les gens d'ici ne seront pas toujours aussi fiers, c'est de Tréguier que leur viendra le malheur.
—De Tréguier, répéta vivement Dinah, avez-vous vu quelqu'un qui en arrivait?
—Moi, répliqua la mendiante.