Pendant que celui-ci chauffait, elle se débarrassa de son tartan, ôta son bonnet et commença sa toilette.

Madame Charles, que l’on appelait aussi mademoiselle Françoise, de son nom personnel, était une belle fille d’environ vingt-trois ans, dont toute l’apparence annonçait la santé, la force et la bonté. Bien que sa taille fût souple et fine, ses traits délicats et son teint d’une blancheur veloutée, il y avait, dans l’ensemble de sa personne, je ne sais quoi de calme, de simple et de gauchement gracieux qui lui donnait une sorte de beauté paysanne. Rien qu’à la regarder, on la sentait incapable de la plus innocente coquetterie. Ne voyant en toute chose que ce qui était droit devant ses yeux, elle se présentait avec les défauts et avec les dons que Dieu lui avait donnés, sans y rien ajouter et sans en rien cacher. Avec elle on ne pouvait ni espérer le plaisir de la découverte, ni craindre les désappointements de l’examen; du premier coup d’œil on avait tout vu.

Cette droiture native lui donnait un charme pour ainsi dire reposant. On éprouvait à la regarder la même sensation douce et sereine que donne l’aspect d’un lac dont les eaux paisibles reflètent les bois, les fleurs et le ciel.

Après s’être coiffée à la hâte, Françoise passa une robe de mousseline à fleurs roses et mit une guimpe blanche, dont l’élégance champêtre et endimanchée s’harmonisait merveilleusement avec sa physionomie naïve. Elle suspendit à son cou une petite croix d’or retenue par un velours étroit, ajouta à ses boucles d’oreille deux pendoloques en nacre de perles et agrafa à ses poignets des bracelets de corail.

Ainsi parée de ce qu’elle avait de plus riche, elle tourna en tout sens pour se voir tout entière dans son petit miroir d’un pied carré, passa plusieurs fois la main sur ses cheveux, et, satisfaite enfin, se hâta de tout mettre en ordre autour d’elle.

Courant ensuite à son réchaud, elle versa le lait bouillant dans une tasse de porcelaine blanche qu’elle posa sur une assiette, y joignit un petit pain, la seule cuiller d’argent qu’elle possédât, et quitta sa chambre pour monter aux mansardes.

XIII.
Un vieil ami du genre humain.

Maître Laurent s’était réservé toutes les mansardes, sauf une seule. Ce fut vers elle que se dirigea Françoise. Elle arriva à une petite porte de sapin qui n’était point peinte, y frappa doucement, et sur la réponse:—Entrez, elle souleva le loquet et se glissa dans la mansarde.

Celle-ci, placée à l’extrémité de la maison, sous la partie la plus basse du toit, méritait à peine ce nom, et celui de grenier lui eût, à tous égards, mieux convenu. Carrelée de briques dépareillées que le maître maçon avait voulu utiliser, et lambrissée seulement à hauteur d’appui, elle laissait voir à nu, partout ailleurs, la charpente et les tuiles entre lesquelles glissait le vent du soir, comme le prouvaient les oscillations du quinquet accroché au-dessous.

Ce dernier éclairait une large table couverte d’états chiffrés, dont la copie faisait vivre le maître de la mansarde, et de plans et de papiers dont il s’occupait à ses instants de loisirs.