L’aspect de cette chambre avait quelque chose de caractéristique. Elle était tendue de damas de laine et meublée avec luxe, dans le goût le plus moderne; mais les habitudes de la locataire avaient singulièrement nui à cette élégance. Des bouteilles, des verres, des peignes, des chandeliers étaient dispersés sur tous les meubles, et l’on voyait un reste de jambon, enveloppé de son papier gras, posé sur le velours qui garnissait la cheminée. Dans tous les coins traînaient de vieilles chaussures ou des cafetières de terre brune. La toilette de palissandre avait été transformée en table de cuisine, et une casserole s’enfonçait dans l’ouverture destinée à la cuvette; enfin, une grosse chienne noire avait pris possession, avec toute sa portée, de l’édredon placé sur le pied du lit.

Mais le plus curieux de cet intérieur était madame Beauclerc elle-même. Madame Beauclerc, qui, à l’en croire, avait eu autrefois la légèreté d’une biche, s’était tellement développée avec le temps, qu’on ne pouvait la comparer désormais qu’au mammouth reconstruit par la science de nos naturalistes. Lorsqu’elle parcourait sa chambre en soufflant, tout remuait autour d’elle; sa personne entière ne présentait qu’une masse accidentée par des espèces de cascades de chairs tremblantes sous lesquelles on eût en vain cherché une forme.

Elle était vêtue d’une robe de mérinos noir déchirée aux coudes, d’un foulard déteint qui lui tenait lieu de châle, d’une coiffe de nuit recouverte d’un mouchoir de coton, et de gros souliers dont elle avait coupé les quartiers pour en faire des pantoufles.

Au moment où Marc parut à la porte, elle se trouvait assise devant une petite table sur laquelle étaient posés deux verres, une bouteille et un jeu de cartes. Elle se détourna en entendant le bruit de ses pas, et le reconnut:

—Tiens c’est toi, Monsieur Marc, dit-elle, avec un geste de bienvenue, entre donc, mon petit, entre.

—Je ne vous dérange pas, mère Beauclerc? demanda-t-il.

—Au contraire, mon chéri, je m’ennuyais d’être seule; Clotilde vient de partir pour le théâtre et elle a emmené le cocher qui faisait ma partie; tu vas le remplacer.

—Pardon, mère Beauclerc, c’est que je sais à peine tenir les cartes.

—Bah! bah! il suffit de vouloir; tu connais bien la brisque ou le piquet.

—Je puis jouer un peu le piquet.