—Ainsi, vous aviez conscience de la culpabilité de l’acte commis? reprit-il.

Je répondis avec embarras, mais affirmativement.

Les deux magistrats se regardèrent.

—C’est une franchise digne de celui qui a écrit l’Adresse aux propriétaires français, dit le juge d’instruction d’un accent railleur. Elle ne sort pas moins des habitudes que son livre.

—Vous l’avez lu? demandai-je avec l’empressement d’un auteur convaincu, qui désire connaître l’effet produit par son œuvre.

—Oui, Monsieur, dit le procureur impérial en s’avançant vers moi, et la preuve, c’est que nous venons au nom de la loi pour en arrêter l’auteur.

Le chevalier ne put retenir un cri d’étonnement. Je regardai les deux magistrats, persuadé que j’avais mal entendu.

—Vous venez m’arrêter? répétai-je.

—Comme prévenu d’avoir imprimé un écrit pouvant nuire à la sûreté de l’État, continua le juge d’instruction; crime prévu par l’article 102 du Code pénal.

Le coup était si inattendu que je restai d’abord muet. Enfin, revenu de ma première surprise, je me fis répéter l’accusation, et je voulus savoir ce que l’Adresse aux propriétaires français pouvait avoir de dangereux pour la sûreté de l’État.