Il prenait libre et joyeux la route de Paris, tandis qu’on m’emmenait prisonnier à Tours.
Ici Françoise qui avait déjà poussé plusieurs exclamations ne put se contenir.
—Est-ce bien possible, cria-t-elle, et ce sont des juges qui ont fait cela?
—Pourquoi pas? dit Marc; les juges ne sont pas chargés d’être justes, ils sont chargés d’appliquer les lois. Tu es dans la rue parce que tu ne peux payer un loyer; cela inquiète les bourgeois: en prison! Tu demandes de quoi acheter du pain parce que tu en manques, cela ennuie ceux qui ont dîné: en prison! le juge ne dit pas que la loi est bonne; mais il dit que c’est la loi.
—Alors il faut la changer! reprit vivement la grisette. Quel mal y aurait-il donc à ce que tout le monde fût heureux, comme à la Brisaie?..... Oh! si j’avais pu vivre là! vous m’auriez donné les enfants à soigner, pas vrai, monsieur Michel? pauvres chéris! comme je les aurais aimés, caressés, pomponnés; rien que de voir un enfant, tenez, ça me fait venir des larmes de joie!... Et dire même que le mien... je ne puis pas...
Elle s’arrêta pour essuyer ses yeux.
—Il est certain que si on choisissait, reprit le Furet, ça ne serait pas de courir comme un barbet dans les rues de Paris et de dormir par nichées dans un garni. Pour ma part, je préférerais coucher dans les foins et conduire une bonne paire de bœufs. Deux fortes bêtes, comme ça, qui vous obéissent et font de bon ouvrage sous votre main, ça doit donner du plaisir.
—Moi, j’aime mieux les moutons, reprit Brousmiche; j’aurais été si heureux d’en avoir à garder. On est en plein air et on vit tout seul avec son chien... ce qui fait que personne ne rit de vous.
—Eh bien! voilà ce que M. Michel voulait, reprit Françoise; mettre chacun à sa place: et dire qu’on lui en a fait un crime! J’espère au moins que vous n’êtes pas resté longtemps en prison?
—Six mois seulement.