—Tonnerre! voilà qui est un peu bon genre pour le quartier! c’est donc le brigadier qui régale?
—Ah! bien oui, le brigadier: je ne le-connais plus!
—Avec qui que tu es maintenant?
—Avec moi toute seule! ça me fait un changement. Mais, dis donc, c’est-il un de tes amis, ce garçon?
C’était moi qu’elle désignait. Robert répondit que j’étais son nouveau camarade de chambrée.
—Alors, faut qu’il vienne avec toi, reprit Farandole, nous verrons s’il est farceur; et vous aussi, père Barrier, je vous attends; il y aura toute la maison d’abord; même le papa Jérôme, qui a promis de venir quand la marmaille serait couchée. Ainsi, c’est convenu, les enfants; à sept heures la fête commence, une mise décente est de rigueur, on sera reçu en sabots...
A ces mots la grisette prit les deux mains de Robert, fit deux ou trois fois le tour de la chambre en dansant, et sortit sur l’air de la Farandole, ronde favorite à laquelle elle devait son nom.
Robert et moi, nous arrivâmes chez la grisette à l’heure convenue. Quelques-uns des invités s’y trouvaient déjà: c’étaient des ouvrières appartenant aux fabriques du faubourg Saint-Marceau, mais dont la tenue prouvait évidemment l’habitude de faire, dans la rue, leur cinquième quart de journée[F], et deux jeunes gens en casquette, vivant de ces industries équivoques qui préparent au vice par l’oisiveté. Le père Barrier ne tarda pas également à arriver avec la Gloriette, qui apportait le punch dans un saladier.
On s’assit autour de la table; Farandole remplit les verres, et la conversation commença à s’animer.
Robert surtout, qui revenait sans cesse aux rafraîchissements, ne tarda pas à s’égayer outre mesure.