—A propos, reprit le troisième paysan, qui semblait exercer une autorité sur les deux autres, il me semble, Petit-Jean, que tu as parlé tout à l’heure au maréchal comme à une connaissance.

—Tiens, c’est juste, je vous ai pas dit, reprit l’homme à la canardière; c’est un ancien confrère; un cheval de retour (forçat libéré).

—Et il est établi maintenant?

—C’est-à-dire qu’il a essayé; mais l’état ne va pas, et comme voilà un an qu’il oublie de payer son loyer...

—Le propriétaire de la forge lui a donné congé?

—Ce qui le vexe tant, qu’il me disait tout à l’heure qu’avant de partir, il voudrait démolir la baraque.

—Eh bien mais, maintenant qu’il va être sans état, est-ce qu’on ne pourrait rien faire de lui?

—Oh! faudrait pas s’y fier, monsieur Marc, il nous jouerait quelque tour de gueusard; c’est un ami du Parisien, et avec vous faut des lapins qui travaillent en conscience.

—Au fait, c’est à Jacques qu’il faut songer, reprit le paysan. Nous allons partir séparément, mais sans nous perdre de vue, car il est possible que nous ne nous entendions pas avec ces messieurs, et qu’il y ait du grabuge.

—A leur idée, dit le charretier, en passant les mains par les poches de sa blouse, sous laquelle se dessinèrent des crosses de pistolets, j’ai là deux aboyeurs qui ne demandent pas mieux que de faire la conversation. Vous n’avez qu’à monter à cheval, monsieur Marc.